Pour sa nouvelle campagne de pub, la société Sodexo a eut la bonne idée de se mettre au greenwashing, méthode de communication qui consite à se faire passer pour plus écolo qu’on ne l’est vraiment.
Pour info, Sodexo est cette belle entreprise de gastronomie (industrielle), qui sert plus 50 millions de repas par jours dans le monde entier. C’est aussi l’entreprise ou l’on semble pratiquer les heures supplémentaires non rémunérées, le manque de moyens, notamment pour garantir la sécurité sur les lieux de travail, la précarité de l’emploi, à l’origine d’un taux de rotation important, et les pressions psychologiques exercées pour empêcher la création de sections syndicales….(cf Courrier international) et qui devra en répondre bientôt devant la justice…

Cet exemple d’humanisme se voulait également un modèle d’écologie. Elle a donc tenté d’inciter ses clients à une consommation modérée de viande. Bien entendu cela aurait eut le mérite de faire baisser les coûts de production de leurs repas, mais cette donnée était sans aucun doute très secondaire.

Voici la magnifique affiche de Sodexo :

La phrase choc qui a brisé le coeur de la FNSEA est la suivante : « La production d’un kilo de viande de veau pollue autant qu’un trajet automobile de 220 Km! »

Les pauvres petits choux ont tellement été choqués qu’ils ont, le 8 juin dernier à Nantes, manifestés devant la délégation régionale de Sodexo. Une centaine de pollueurs d’éleveurs ont participés à cette courageuse action d’intérêt public, dénonçant « cette campagne de communication calomnieuse ».

Et Xavier Beulin, le président de la FNSEA, de se demander « Pourquoi jeter l’opprobre gratuitement sur un secteur, en faisant un bras d’honneur aux efforts, au bon sens, à la tradition culinaire française et au travail passionné de milliers d’éleveurs ».

On se demande, en effet. Peut être à cause des orientations productivistes de la majorité des éleveurs, poussés aux fesses par son syndicat, au détriment des consommateurs et même des éleveurs eux mêmes? Peut-être à cause de l’utilisation massive des pesticides, dont les néonicotinoïdes, qui déciment abeilles et éleveurs avec? Peut-être à cause de la pollution de l’eau, dont le coût abberrant est supporté par la collectivité?

Non, cette fois, ce fût juste la production de CO2. La sodexo a donc censuré son affiche, et retiré sa campagne de communication. Elle a même affirmé que finalement non, elle s’était trompé : « Nos services ont eu connaissance de nouveaux éléments venant infirmer des affirmations contenues dans ces affiches, qui ne correspondent pas à la réalité, en particulier : l’impact de la production de viande de veau sur l’effet de serre ; la comparaison inappropriée entre les différents types de productions agricoles que permet un hectare de terre. »

Sauf que ce chiffre ne tombait pas de nulle part. Et qu’en effet, il y a de grandes chances pour qu’un kilo de viande de veau nous coûte l’équivalent d’un voyage de 220 bornes en voiture. Ce chiffre est issu d’une étude réalisée par Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé sur les questions de climat et d’énergie, et membre du comité stratégique de la Fondation Nicolas-Hulot (personne n’est parfait). Ces chiffres sont difficilement vérifiables, mais corroborent les analyses des institutions internationales sur le poids de l’élevage dans les émissions de CO2.

Qu’ils se bouffent entre eux, c’est un vrai bonheur, que la Sodexo baisse son froc quand la FNSEA lève le petit doigt, rien d’étonnant. Ce qui m’emmerde dans cette histoire, c’est qu’un chiffre trop peu médiatisé, en disant très long sur notre mode de vie irresponsable, soit censuré insidieusement parce que ces messieurs de FNSEA l’ont décidé. On attend la réaction des censeurs éleveurs de la FNSEA lorsqu’ils vont apprendre que l’Organisation mondiale de l’alimentation (FAO) ose affirmer que le secteur de l’élevage émet plus de gaz à effet de serre que le secteur des transports (cf site de la FAO)…