Plusieurs labels existent en apiculture. Comment choisir? Y’a t il une grande différence entre du miel Biologique ou conventionnel? Quels sont les cahiers des charges? Pour y voir plus clair, je vais tenter de détailler ici quelques points essentiels pour comprendre les différents labels et leurs conséquences.

Miel bio et miel conventionnel

Soyons clair, un miel 100% biologique en France est très rare, voire inexistant. Si vous recherchez le label biologique pour être certain de l’absence de molécules chimiques dans votre miel, ne rêvez pas : tant qu’il y aura des pesticides sur tout le territoire, ce sera rare voir impossible. Selon une enquête de 60 millions de consommateurs, après analyse sur des miels français, on y retrouve « 91 molécules indésirables (56 pesticides et 35 antibiotiques) », avec une moyenne de 5 produits différents par pots. Les miels bios sont ceux dans lesquels on en retrouve le moins, mais ils en comportent quand même pour une partie d’entre eux (seuls 2 miels sur les 76 analysés en tout ne contiennent pas de molécules recherchées, et ce sont des miels bios). Ces mesures restent bien en dessous des limites officielles, et le miel est un aliment peu pollué par rapport aux autres produits (légumes, fruits…)

Mais un label ne prend pas seulement en compte les emplacements de ruches dans son cahier des charges. Il y a donc tout de même une réelle différence entre les miels conventionnels et les miels biologiques, et même entre les miels issus de différents labels.

Car dans la conduite d’un cheptel, il y a bien entendu les emplacements, mais également les traitements utilisés par l’apiculteur. Les antibiotiques sont par exemple interdits, bien qu’on en retrouve parfois en conventionnel. Les traitements contre le varroa sont limités en agriculture biologique, l’Amitraz, pesticide utilisé par un grand nombre d’apiculteurs, y est remplacé par des traitements alternatifs tels que l’acide formique (voir ici) ou oxalique, qui ont l’avantage de ne pas laisser de résidus ni dans le miel ni dans les cires.

Pour le reste, un détail par label est nécessaire, car leur cahier des charges peut varier. Je les liste ci dessous par ordre d’exigence, du moins disant au plus strict.

Label Européen AB

C’est le label officiel. Il a été créé en 1985, mais en 2009, l’état l’harmonise avec les autres labels européens. En fait d’harmonisation, il est tout simplement allégé, et devient un label moins exigeant, avec un cahier des charges plus léger qu’auparavant.

  • L’utilisation d’intrant de synthèse est possible uniquement si aucun intrant naturel n’est disponible sur le marché
  • Emplacements des ruchers interdits en zones urbaine ou industrielles
  • Les produits transformés doivent contenir 95% de produits biologiques (donc 5% possiblement conventionnels…)
  • Les OGM sont autorisés à hauteur de 0.9% en cas de contamination venant de l’extérieur
  • Alimentation Bio des abeilles à 95% (donc 5% de non bio autorisé…)
  • L’élevage est autorisé sur une ferme qui n’est pas totalement en agriculture biologique
  • Contrôle effectué par les organismes certificateurs (Ecocert, Véritas, qualité France…)

Voir le cahier des charges repris par Ecocert ici

Bio cohérence

En 2010, après que l’Etat eut allégé le label officiel, des agriculteurs en bio ont créés leur propre label, en utilisant l’ancienne charte AB, et en l’améliorant un peu.

  • L’utilisation d’intrant de synthèse est possible si aucun intrant naturel n’est disponible sur le marché
  • Emplacements des ruchers interdits en zones urbaine ou industrielles
  • Les produits transformés doivent êtres 100% bios, dont 50% minimum Bio cohérence
  • OGM interdits
  • La taille des élevages est limitée
  • Nourrissement 100% bio
  • L’élevage est autorisé sur une ferme qui n’est pas totalement en agriculture biologique
  • Contrôle effectué par les organismes certificateurs (Ecocert, Véritas, qualité France…), plus un autodiagnostic à produire tous les ans

Voir le cahier des charges complet ici

Nature et Progrès

C’est historiquement un des premiers labels d’agriculture biologique, créé en 1972, avec une revue créée en 1964. Ce label est très clairement orienté vers une agriculture à taille humaine, respectueuse de l’environnement et de l’homme. Il est beaucoup plus strict que la réglementation officielle.

  • L’utilisation d’intrants de synthèse est interdit.
  • Emplacements au maximum sur zones sauvages, naturelles et biologiques
  • Les ruches doivent être construite en matériaux naturels au maximum
  • Les produits transformés doivent être 100% bios
  • La taille des élevages est fortement limitée
  • Le nourrissement doit être 100% bio et limité à 5Kg par ruche et par an
  • Utilisation d’une abeille rustique et locale
  • Transhumance très limitée
  • Vente directe recommandée
  • Contrôle effectué par des agriculteurs certifiés et des consommateurs (les COMAC)

Voir le cahier des charges complet ici

Déméter

Créé en 1928, c’est le plus ancien label en agriculture. Il impose un cahier des charges très strict et en lien très fort avec la nature, avec la bio dynamie.

  • Apport extérieur de cires très limitée (construction 100% naturelle par les abeilles)
  • Nourrissement limité en cas d’urgence
  • Les zones de culture biodynamique, de culture biologique et les zones de flore spontanée sont à privilégier
  • La ruche doit – à l’exception des éléments de fixation, de la couverture du toit et des grilles – être entièrementconstruite en matériaux naturels comme par exemple le bois, la paille ou la terre glaise.
  • L’élevage artificiel de reines (greffage, etc…) est interdit
  • Le complément d’alimentation pour la mise en hivernage doit contenir une quantité minimum de miel (le miel doit représenter au moins 5% du poids)
  • Contrôle effectué par les organismes certificateurs (Ecocert, Véritas, qualité France…), plus une commission indépendante tous les ans

Voir le cahier des charges complet ici (page 26 pour l’apiculture)

Les connaissances scientifiques sur l’agriculture biologique

Il existe assez peu d’études fiables sur les bienfaits de l’agriculture biologique, et les polémiques entre experts sont légion. Malgré tout, j’ai trouvé quelques infos « indiscutables » issues d’études sérieuses

Bilan environnemental

Une étude environnementale de 2005 donne les conclusions suivantes, après 22 ans de comparaison entre agriculture biologique et conventionnelle (PIMENTEL D et al.Vol. 55 No. 7 BioScience 573, juillet 2005) :

  • Plus de matières organiques donnant des sols plus humides
  • Baisse de 30% de l’utilisation d’énergies fossiles
  • Rendements identiques15% de main d’oeuvre en plus
  • Bilan économique identique
  • Baisse de l’érosion des sols, des problèmes de nuisibles, de l’utilisation des pesticides, de la pollution
  • Favorise la biodiversité et la pollinisation par les insectes

Une autre étude réalisée sur 3 ans démontre les bienfait de l’agriculture biologique sur la biodiversité, en comparaison au système conventionnel (Benefits of organic farming to biodiversity vary among taxa. R. J. Fuller1 et al. Biol. Lett.2005 Published online) :

  • Augmentation de 85% d’espèces de plantes
  • Augmentation de 17% d’espèces d’araignées
  • Augmentation de 5% d’espèces d’oiseaux
  • Augmentation de 33% d’espèces de chauve souris

Bilan nutritionnel

En faisant un tour d’horizon de plusieurs études, on trouve quelques données précises sur le sujet, mais impossible d’obtenir une sorte de moyenne afin de comparer globalement les produits conventionnels et biologiques (Afssa 2003 « Evaluation des risques et bénéfices nutritionnels et sanitaires des aliments issusde l’agriculture biologique » ; Tsiplakou E et al. J dairy resp., 2010 ; Raigon MD et al. J agric food chem., 2010 ; Oliveira M et al. Food microbiol., 2010) :

  • Répartition des AG plus favorable à la santé ( + d’AGPI, c’est à dire des matières grasses végétales ou laitières)
  • Plus de vitamines C dans les pommes de terre bio
  • Plus de minéraux favorables à la santé
  • Teneur en nitrates plus faibles dans les produits bio
  • Pas de différence dans les teneurs en mycotoxines
  • Pas de différence au niveau de la qualité bactériologique sur la laitue

Bilan sur l’exposition aux pesticides

Une étude de 2008, sur 23 enfants de 3 à 11 ans a observé les résidus de pesticides dans les urines des sujets durant 1 an (Dietary intake and its contribution to longitudinal organophosphorus pesticide exposure inurban/suburban children. Lu.C et al. Environ. Health. Perspect. 2008) :

Il apparaît très clairement que durant les journées en régime biologique (dénommés ci dessus « Organic diet days ») les pesticides dans les urines sont très réduits voire absents. La nocivité à long terme de tels produits est tout à fait inquiétante, particulièrement si l’on prend en compte les effets de synergie des divers pesticides consommés, même à petites doses.

Bilan global

L’agriculture biologique a donc un aspect de durabilité environnementale très forte. Son impact est très positif sur la qualité des eaux, la fertilité des sols et la biodiversité, avec des risques de pollution par les nitrates faibles ou nuls.

L’agriculture biologique peut répondre également à la problèmatique de l’emploi, car elle est plus exigeante en main d’oeuvre. De plus, une étude du FNAB datant de 2002 conclue que  les agriculteurs en Bio sont bien insérés et ont une bonne qualité de vie. Elle favorise également l’installation d’agriculteurs avec une faible capacité d’investissement mais possédant un bon niveau technique. Enfin, ce marché est en pleine croissance.