Après 20 ans de lutte de la part des apiculteurs, associations de défense de l’environnement, organisations syndicales, citoyens, et militants tout simplement, enfin les pesticides néonicotinïdes étaient dans ligne de mire de l’Europe… …pour un résultat qui n’est pas à la hauteur.

L’EFSA avait en effet dernièrement suggéré que ces produits sont bel et bien nocifs pour l’abeille (voir ici)… Ce que les apiculteurs hurlent à qui veut l’entendre depuis presque un quart de siècle. S’en est suivi une mobilisation des organisations touchées par le sujet, la confédération paysanne, l’UNAF, Générations Futures par exemple. Ces deux dernières avaient lancé il y a une semaine une pétition pour appuyer la remise en cause de ces produits à l’occasion du Conseil agricole européen du 28 janvier dernier. Ce sont 250 000 signatures récoltées en une semaine qui ont été misent dans la balance, avec un rappel bien entendu des dizaines (des centaines avancent même certains) d’études mettant en cause la dangerosité des ces molécules.

Et voilà que l’éléphant accouche d’une souris. Le commissaire européen à la santé et à la protection des consommateurs a annoncé que la Commission allait proposer d’interdire l’usage de ces insecticides sur les cultures attractives pour les abeilles comme le colza, le tournesol et le maïs… Cela peut paraitre une victoire, mais ne nous réjouissons pas trop vite.

Premièrement, ce n’est qu’une proposition qui n’a pas force de loi.

Deuxièmement, si elle fait loi un jour, il faudra la traduire pour chaque pays en droit national, et il y a fort à parier que les lobbys seront là pour faire valoir leur intérêts, si éloignés de l’intérêt général et pourtant tellement plus écoutés.

Enfin, c’est une maigre avancée pour la santé des abeilles, puisque ces produits seront toujours dans la nature. Ces produits sont des systémiques (ils se diffusent dans toute la plante et durant toute sa vie) ce qui leur donne la propriété de laisser des résidus d’insecticides dans le sol durant plusieurs années. Les plantes suivantes, même sans avoir été traitées, diffuseront dans le pollen, le nectar et la guttation (rosée) ces produits nocifs, à des doses toxiques pour l’abeille. Concrètement, si après une céréale traitée, une parcelle de tournesol est semée (comme c’est souvent le cas) alors le tournesol diffusera à son tour le néonicotinoïde… (voir ici)

Il est important de rappeler que d’une part, l’action pollinisatrice des abeilles est une nécessité pour la variété des produits que nous consommons, et représente une valeur ajoutée de plusieurs milliards d’euros pour l’agriculture mondiale (voir ici pour plus de détails), et que d’autre part, de nombreux agriculteurs cultivent sans aucun de ces produits nocifs pour les insectes pollinisateurs.

Bref, le plus gros du combat reste à gagner, même si cette maigre avancée est plutôt bon signe. Ne nous laissons pas enfumer par des décisions sans effets de l’Europe, et continuons à militer pour l’interdiction totale et sans condition de ces pesticides, et une agriculture respectueuse de l’homme et de son environnement.

Dans tous les cas ce dossier est à suivre, puisque les experts des États membres se prononceront sur cette proposition le 25 février prochain.