Sur le sujet des pesticides néonicotinoïdes (plus d’infos ici), nous avions vu une légère avancée récemment. L’EFSA (European Food Safety Authority) admettant que les molécules utilisées dans les pesticides systémiques (thiaméthoxame, clothianidine, imidaclopride pour les cas traités ici) pouvaient poser problème sur les pollinisateurs. Elle admettait par la même occasion que les tests réglementaires qui ont conduit à l’homologation de ces molécules sont de fait incomplets. La même autorité européenne de sécurité des aliments vient aussi de reconnaître que ces produits présentaient un risque pour les abeilles…

Cet avis de l’EFSA avait entraîné une proposition de la commission Agricole européenne en janvier 2013, d’interdire ces produits au nom du principe de précaution (voir ici). Pour l’instant, ils sont toujours dans la nature…

…Et pour longtemps. Le 14 mars 2013, suite à ce rapport de l’EFSA, la commission agricole européenne a voté le maintient de ces pesticides et rejeté l’interdiction de deux ans proposée. Selon un décompte obtenu par l’AFP, treize Etats ont voté pour l’interdiction de ces pesticides, dont la France, l’Italie, l’Espagne et la Pologne, neuf ont voté contre (République Tchèque, Slovaquie, Roumanie, Irlande, Grèce, Lituanie, Autriche, Portugal et Hongrie) et cinq se sont abstenus, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les abstentions de ces deux pays qui comptent chacun 29 voix ont empêché que la majorité penche dans le sens d’une interdiction.

Ces deux pays ont comme en France une opinion publique se souciant des problèmes environnementaux, on aurait pu parier que comme elle, poussés par les citoyens (que l’Europe est censée représenter) ils votent contre ces produits nocifs. Mais c’est oublier bien vite que les allemands sont les plus gros producteurs de produits chimiques, et les anglais sont les plus gros négociants…

On le savait, ça se vérifie ici, le lobby des industriels des pesticides est bien plus puissant que le semblant de démocratie que nous jouent tour à tour les gouvernements, qu’ils soient nationaux ou européens… Pour des résultats similaires : rien ne bouge sur le front de l’apiculture.

Plus que jamais, il est important de faire valoir nos droits et de se faire entendre dans les syndicats, associations, groupes informels, par tous les moyens. Il ne faudra pas compter sur des ministres pour faire le boulot.

Leur stratégie est tout autre pour faire passer la pilule des pesticides… Mettre sous perfusion financière les apiculteurs, oubliés jusqu’ici par le rouleau compresseur de la PAC (Politique Agricole Commune). C’est le tournant que semble prendre l’apiculture, avec l’instauration depuis déjà quelques années de primes pour reconstituer le cheptel perdu, sous forme d’aides à l’achat d’essaims et de reines (sans aucune obligation de se fournir sur le territoire, ce qui favorise les importations). On ménage donc les vendeurs de pesticides, et on achète le silence des apiculteurs avec du fric, en ces temps ou l’Etat hurle pourtant partout en manquer pour faire passer sa politique d’austérité et de casse du service public…

Le plan de développement durable de l’apiculture (téléchargeable ici), semble s’orienter également vers ce type de solutions… Du fric pour qu’on la ferme, puisque cela fait 50 ans que ça fonctionne avec les agriculteurs, tellement bien que certains en viennent même à défendre bec et ongles les produits qui les tuent à petit feu. On y trouve une profession de foi sur les pesticides, certes, mais dans les faits, cette décision récente de l’Europe vient briser le doux rêve de ceux qui y ont naïvement cru : rien ne bougera de ce côté tant que ne sauront pas l’imposer.

L'union européenne et les lobbys sont à la même adresse à Bruxelles, cette plaque pourrait y être placée, pour plus de clarté sur leurs méthodes...