Les grands médias le claironnent depuis quelques jours : les abeilles sont sauvées! Les signataires de la pétition Change.org (voir ici) ont même reçu un mail leur annonçant : « vous avez sauvés les abeilles! »

En effet, la commission européenne a annoncé l’interdiction pendant deux ans de trois pesticides néonicotinoïdes le 29 avril dernier, après le vote raté quelques semaines avant (voir ici).

Alors doit-on sauter au plafond et ouvrir le champagne? Il est encore un peu tôt malheureusement pour se réjouir…

Cette décision sonne pourtant comme une victoire, mais c’est bien loin d’en être une, et pour de multiples raisons.

Une moitié de décision

Ces produits (l’imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine) ne seront interdits que sur quatre grandes cultures : maïs (traité à 80 % avec ces néonicotinoïdes), colza (60 %), tournesol (60 %) et coton, à partir du 1er décembre 2013.

Ces semences enrobées seront en revanche toujours produites en France. Notre pays qui ne veut pas de ces produits dangereux continuera donc de les produire pour polluer les autres !

« La France est le principal producteur de ces semences en Europe. Elles seront toujours fabriquées à destination des pays qui ne les ont pas interdites, comme l’Ukraine, l’Afrique ou l’Amérique du Sud, les agriculteurs français ne pourront plus en acheter par contre. » Nous explique explique Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). La sauvegarde des abeilles, d’accord, mais en sauvegardant les intérêts économiques des lobbys, quitte à prendre une décision hypocrite…

Mais surtout, cette interdiction ne concerne pas les céréales d’hiver soit près de 85 % des céréales semées en France, c’est à dire environ 6 millions d’hectares traitées avec ces pesticides… Lorsque l’on sait que ces produits sont persistants dans les sols, cela relativise l’efficacité de l’interdiction…

Une décision inefficace

Dans les faits, cette décision sera totalement inefficace. Les abeilles ne se porteront pas mieux pour plusieurs raisons.

Premièrement ces produits sont persistants. Autrement dit, si une plante traitée à été semée dans un sol, les cultures suivantes produiront également le pesticide, et le transmettrons aux abeilles. Il faut plusieurs années pour que le sol redevienne sain.

Deuxièmement, les trois néonicotinoïdes interdits devraient être remplacés illico par une autre famille d’insecticides : les pyréthrinoïdes. Ces molécules, que l’on retrouve par exemple dans le produit Force, peut être utilisée dans le sol contre les insectes et ravageurs qui attaquent les graines, et sur les plantes contre les pucerons. Ce sont donc plus de pulvérisations sur les cultures qui s’annoncent, et des effets directement néfastes sur les colonies, parfois des mortalités de colonies entières… De l’aveu d’Olivier Belval, ces produits sont « toxiques pour les abeilles dans les jours qui suivent leur pulvérisation. »

Ensuite, les colonies affaiblies par ces produits (pas seulement, mais en partie) ne vont pas se remettre si rapidement des effets accumulés, et des maladies dont on sait aujourd’hui qu’elles sont favorisées par la présence de pesticides dans l’environnement. (Pour des informations plus détaillées, voir ici)

Quel bilan sera donc fait dans deux ans?

Le pire est à venir

C’est une grande opération de blanchiment des producteurs de pesticides qui s’annonce. Car le bilan après deux ans sera simple : peu ou pas d’amélioration de la santé des colonies.

Que conclura l’Europe de cette expérience, avec l’influence des lobbys que l’on connait? Il est évident qu’elle en tirera la conclusion que les néonicotinoïdes ne sont pas dangereux pour les abeilles. Car là ou on demande études coûteuses aux associations de défense des abeilles, il suffit pour les lobbys d’une expérience de deux ans à moitié menée et inefficace pour prouver qu’ils peuvent vendre leurs produits…

Et l’offensive à déjà commencée. Voici ce qu’ont trouvés dans leur boîte mail les agriculteurs suite à la décision de la commission européenne d’interdiction des produits :

Suite à une proposition de la Commission Européenne, l’homologation du Cruiser® 350 sur maïs pourrait être suspendue pour une durée de 2 ans, à partir du 1er décembre 2013.

Syngenta déplore cette proposition qui ignore les vrais problèmes apicoles (perte d’habitat et de nutrition, le varroa et les maladies) et ne prend pas en compte les réalités des utilisations sur le terrain montrant que les néonicotinoïdes ne nuisent pas à la santé des colonies d’abeilles.

La démonstration en est faite en France, dans vos parcelles, avec plusieurs millions d’hectares protégés Cruiser® 350 depuis 5 années sans incident lié à son utilisation.

Syngenta tient particulièrement à vous remercier pour les efforts collectifs et individuels mis en œuvre, pour l’utilisation très professionnelle des semences protégées, en particulier Cruiser® 350 ; la mise en place généralisée des déflecteurs en témoigne.

Pour plus de 90% d’entre vous, Cruiser® 350 est la meilleure protection insecticide des semences de maïs. C’est une technologie unique dont vous risquez d’être privé l’année prochaine.

Dans l’immédiat, le contexte climatique actuel froid et humide favorise la pression parasitaire, profitez de Cruiser® 350 pour vos semis de maïs 2013.

Syngenta reste mobilisé pour défendre l’agriculture compétitive et vous permettre l’accès aux technologies modernes et performantes.

Nous vous souhaitons une bonne campagne maïs 2013.

L’Equipe Syngenta

J’ai déjà démontré sur ce blog que ce discours est un tissus de mensonges, voir ici.

La lutte continue!

Devant cette décision et ses conséquences, il ne faut donc pas se réjouir, mais ne pas baisser les bras non plus. Il est évident que cette décision, si inefficace soit elle, a été prise par obligation par l’Europe. C’est bien la pression des citoyens, des organisations syndicales et autres associations qui ont forcé l’Europe à prendre le sujet au sérieux. Ne soyons pas dupes, mais voyons aussi le positif : mettre la pression sur les élus et les lobbys, ça fonctionne!

La solution est simple :« L’idéal reste de moins utiliser d’insecticides, conclut le porte-parole de l’ONG Générations futures François Veillerette, au profit des possibilités offertes par la nature, comme les auxiliaires de culture, qui mangent les insectes nuisibles. »

Et la confédération paysanne de renchérir : « aujourd’hui, la réglementation est imposée par des faits incontestables qui doivent amener ces agriculteurs à faire évoluer leurs modes de production pour des méthodes plus respectueuses de la santé et de l’environnement. »