« Tant vaut la reine, tant vaut la ruche » Robert Beldame, Technique Apicole Moderne, 1942.

Ce n’est pas une obligation pour un amateur, ça le devient de plus en plus pour les professionnels : l’élevage de reines est de plus en plus répandu. Avec les pertes de colonies qui augmentent, il est devenu très important de garder un oeil sur la qualité des colonies, et donc la qualité de la reine.

L’intérêt de l’élevage de reines

Les intérêts sont multiples. Tout d’abord, il permet d’avoir sous la main des reines prêtes à naître, et donc de produire des essaims qui seront viables plus rapidement que s’ils produisent leur propre cellule royale.

Deuxièmement, il permet de sélectionner les ruches souches, et donc d’orienter la génétique de ses ruchers. On peut au choix, reproduire des reines qui produisent beaucoup de miel, qui sont de bonnes nettoyeuses, qui font de bonnes réserves hivernales, qui sont plus résistantes aux maladies…etc…

Enfin, il permet de remplacer de vieilles reines. Une vieille colonie est vouée à mourir, à moins qu’elle ne remère d’elle même. Avec l’élevage de reines, l’apiculteur va pouvoir faire perdurer cette colonie, en y réinsérant une nouvelle reine.

Comment élever des reines

Pour élever des reines, vous allez devoir mettre une ruche en condition d’élevage, et il y a quelques petites règles simples à respecter :

  • La colonie doit être orpheline
  • La colonie doit être très populeuse
  • La colonie ne doit pas manquer de nourriture

Vous allez simplement utiliser le fait qu’une colonie a besoin d’une reine pour survivre, et elle va donc systématiquement reproduire une reine si elle est orpheline : c’est une question de survie.

Il existe plusieurs techniques, des ruches éleveuses (comme ce modèle que j’ai bricolé, mais abandonné depuis), avec une partie ruche et une partie orpheline (c’est à dire sans reine), soit dans la ruche, soit dans une hausse séparée du corps par une grille à reine ; mais ces techniques sont assez complexes et seront l’objet d’un autre article. Je vous présente ici une manière simple et qui à fait ses preuves : une simple colonie orpheline.

L’élevage de reines en orpheline

Je choisi une colonie populeuse, avec au minimum 6 à 7 cadres de couvain. Si aucune colonie ne peut me fournir suffisamment de couvain, je prélève du couvain dans d’autres colonies. Pour ne pas perdre la reine, je garde un ou deux cadres de couvain et je la transfère dans une nouvelle ruche. Je me retrouve donc avec une ruche orpheline populeuse, que je transvase sur 6 cadres. Cette colonie se retrouve sans reine, et très à l’étroit dans sa nouvelle demeure. Deux de nos conditions de départ sont remplies. Pour être certain qu’elle sera assez populeuse, je secoue parfois quelques cadres d’abeilles d’une autre ruche dans mon éleveuse.

Si besoin, je nourris la colonie, selon les ressources disponibles, s’il y a miellée ou non…

Je la laisse orpheline durant 5 à 7 jours. Elle va produire ces propres cellules royales. Mais elles ne m’intéressent pas, puisque je souhaite choisir sur quelle souche je vais produire des reines.

Après ces 5 à 7 jours, je vais détruire les cellules produites par la colonie, et insérer mon cadre de cupules, avec les larves de mon choix.

Le greffage

La colonie peut produire une reine avec une jeune larve. Ensuite, il est trop tard, la larve donnera une ouvrière. Il faudra donc choisir de toutes petites larves, de l’âge de 4 jours, juste après le stade d’oeuf qui dure 3 jours. Ce stade est entouré en vert sur le croquis ci dessous.

Il suffit ensuite de prélever ces larves, pour les poser dans vos cupules. J’utilise personnellement le picking chinois, mais d’autres méthodes existent. Vous aurez à ce stade potentiellement entre 20 et 30 reines produites par votre colonie éleveuse. En théorie bien sûr, car les taux de réussite sont très variables en réalité…

Il suffit maintenant d’attendre, vos reines vont être élevées! Il faut 16 jours pour qu’une reine soit élevée. Vous avez prélevé des larves de 4 jours, il en reste donc 12. Mais il ne faut pas les reines naissent dans votre éleveuse, puisque la première née va éliminer toutes les autres! Il faut donc prendre 1 à 2 jours de marge en plus. Donc, 10 à 11 jours après votre greffage, il faudra les introduire dans votre essaim.

L’introduction des reines

Il vous faudra des essaims, ou des colonies orphelines pour accueillir vos reines (pour faire des essaims, voir ici). L’idéal est de produire ces essaims ou de tuer vos vieilles reines 5 à 7 jours avant l’introduction de vos cellules royales. Cela leur donne le temps de produire leurs propres cellules, que vous pourrez éliminer avant l’introduction. Elles n’ont donc plus le choix : soit elles acceptent votre reine, soit elles meurent. Ce qui ne veut pas dire qu’elles accepteront sans broncher votre reine. Vous n’êtes pas à l’abri malgré tout d’un échec!

Pour introduire, il faudra protéger la cellule pour éviter qu’elle ne soit détruite par la colonie. Des protections existent dans le commerce, mais un simple morceau d’aluminium fera très bien l’affaire. Il faudra laisser la base de la cellule libre, pour que la reine sorte.

On installe notre cellule au beau milieu du couvain. Je la recouvre de miel, pour qu’elle soit acceptée plus facilement par les abeilles (elles mangent ce miel, y déposant leurs phéromones au passage).

Voilà un nouvel essaim!

Quelques jours plus tard, vous pourrez venir vérifier que votre reine à bien été acceptée. Si votre cellule est découpée proprement à sa base, il y a de grandes chances que votre reine soit acceptée. Si elle semble détruite ou percée à plusieurs endroits, votre reine a surement été tuée par son comité d’accueil… Vous allez donc devoir ré-introduire une nouvelle reine, ou lui remettre à défaut un cadre avec du jeune couvain pour qu’elle produise une reine d’elle même.

Quelques techniques en plus

48 heures après votre greffage, vous pouvez vérifier le nombre de reines acceptées. Si la cupule contient de la gelée et a été « cirée » sur son contour, cette larve est prise. Si la cupule est vide, elle a été netoyée et la larve n’est pas prise. Rien ne vous empêche de regrouper ou marquer les cupules prises, pour regreffer une seconde fois celles qui sont libres. Attention au calendrier, vous aurez un décalage de deux jours entre vos deux élevages. D’un autre côté, c’est très pratique si votre reine n’est pas acceptée, vous aurez des reines prêtes deux jours après votre première introduction pour réintroduire dans la foulée.

Regreffez si possible dés que la ruche éleveuse est libre, car si vos reines ne sont pas prises, vous aurez plus rapidement de nouvelles reines à réintroduire.

Certains apiculteurs n’attendent pas 11 jours pour introduire leurs cupules en essaims, mais simplement 3 jours. La larve est juste commencée à être élevée en tant que reine par l’éleveuse, c’est l’essaim qui termine l’élevage. Cela favoriserait l’acceptation par l’essaim. En revanche, cela oblige à faire les essaims avant de connaître le nombre de reines qui seront disponibles, ce qui peut être problématique. Je compte utiliser cet technique pour un second greffage, en cas de non acceptation de ma première reine.

Enfin, faîtes très attention à diversifier vos souches. La diversité génétique est très importante, vous ne pouvez pas sélectionner une souche et la reproduire à l’infini, vous finirez par avoir de gros soucis sur votre rucher. N’hésitez pas à échanger des souches avec des amis apiculteurs, cela ne pourra être que bénéfique. Pensez aussi que la génétique que vous sélectionnez ira se reproduire dans la nature. Même si une colonie produit beaucoup de miel, ne sélectionnez pas dessus si elle ne présente pas quelques caractères essentiels à la survie de l’espèce : de bonnes réserves en hiver, une résistance aux maladies, etc…

Bon élevage!