Cette semaine, après les « beaux-nez rouges » (car il s’agit bien là d’une bande de clowns), les agriculteurs vont eux aussi, un peu partout, entrer dans une « lutte anti-fiscale », avec comme première revendication la suppression de l’écotaxe…

Tous les agriculteurs? Non, pas tous.

Les esclaves aux ordres du maître

Cette envie de manifester, elle ne vient pas vraiment des bretons, ni des agriculteurs… Qui a appelé à cette mobilisation des bonnets rouges? L’organisateur revendiqué de cette mascarade médiatique est la FDSEA du Finistère (Thierry Merret, le président). La FDSEA, organe local de la FNSEA, dont le président, Xavier Beulin, céréalier sur une ferme de 500 Hectares (oui, ça existe!), et président de Sofiprotéol, groupe agro-industriel réalisant en 2011 plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires… Une partie de ces bénéfices ont étés « gagnés » par Sofiprotéol (leader européen des agros carburants) en obtenant pour cette filière des exonérations fiscales qui, selon la Cour des comptes, ont rapporté 1,8 milliard d’euros entre 2005 et 2010… Grâce aux négociations de la FNSEA… Ou comment lier profit personnel et « engagement »…

La FNSEA, surtout, est le syndicat ultra dominant en France, depuis sa création dans les années Vichy. Il comptabilise 320 000 adhérents et un budget de 21 Millions d’Euros. C’est ce syndicat qui a forgé l’agriculture actuelle, son productivisme, sa dépendance à l’Europe, et l’intensif dominant qui oblige les agriculteurs à s’endetter et poser trop souvent la clé sous la porte. Ce syndicat siège à toutes les instances agricoles, et fait taire toutes les voix dissidentes. Elle gère pourtant des fonds publics, et leur utilisation n’est pas toujours très transparente. La FNSEA a été pointée en 2011 par le rapport Perruchot (sur le financement des syndicats), qui dénonçait « certains mécanismes de cotisations obligatoires indirectes », « les subventions déguisées » ou encore le fait que « [la FNSEA] exerce une influence sans partage sur le réseau. Dans certaines situations, il en résulte une certaine confusion des genres assez troublante ».

Et c’est cette voix que suivent les agriculteurs pour manifester contre l’écotaxe… Une voix qui les a amené à l’état catastrophique ou ils en sont aujourd’hui, avec presque un suicide tous les deux jours, le plus souvent à cause des investissements non remboursables…

Pas d’impôts… …mais des primes!

Le mot d’ordre est simple : « on ne veut pas payer plus d’impôts! ». La lutte anti-fiscale est lancée, comme si la fiscalité était la source du problème agricole français… Mais une question se pose, tout de même. Les agriculteurs ne veulent pas payer d’impôt? Très bien. En revanche, ils ne crachent pas sur les subventions issues de cet impôt.

La France est le premier bénéficiaire des dépenses relatives à la Politique agricole commune, ce sont  8,7 milliards d’euros (chiffres 2011) qui arrivent dans la poche des agriculteurs chaque année. Cela correspond aux deux tiers des fonds européens alloués à la France. Pour exemple en Bretagne, fer de lance du mouvement des « Beaux-nez rouge » ce sont plus de 18 000 € en moyenne par exploitation et par an, directement issus de la poche du contribuable…

On pourrait ajouter à cela le coût du retraitement de l’eau polluée en nitrates assumé par la collectivité ; les aides à l’apiculture dont l’état déplorable est en grande partie due à l’activité agricole ; et quelques scandales sanitaires plus ou moins récents qui nous coûtent également très cher…

Alors messieurs, une question se pose : si plus personne ne veut payer d’impôts, ou trouvera t on le fric qu’on vous donne?

La dépendance, seule vision agricole possible?

L’écotaxe n’est certainement pas une bonne solution, mais elle a le don de démontrer ce qui cloche dans notre système agricole. Cette taxe s’applique aux transport de marchandises. Et oui, l’agriculture française a un très gros problème avec ça. Les fermes agro industrielles qui sont aujourd’hui la norme ont besoin de marchandises importées, ce qui leur coûte de plus en plus cher. Et exportent leurs produits au lieu de nourrir la population locale. Même sans écotaxe, ça ne sera plus tenable très longtemps avec l’augmentation du coût des transports.

 

Pour information, l’élevage bovin importe chaque année 2 Millions de tonnes de soja, souvent OGM, pour nourrir les troupeaux. Pour produire ce soja, on déloge des familles entières en Amérique du sud, qui sont condamnées à la famine dans les bidonvilles. Ce n’est pas du sensationnalisme, ce sont des faits.

 

 

Un autre modèle?

Devant la faillite de ce modèle, dont les agriculteurs dans la rue aujourd’hui sont une preuve de plus, il existe une solution. Elle ne coûterait rien à l’Etat, et lui ferait même sans doute économiser beaucoup d’argent.

Quand on a un problème, il faut regarder ce qui marche. Certains agriculteurs ne seront pas dans la rue, parce que l’écotaxe ne leur coûtera pas un rond. Ils sont autonomes, produisent du local avec des ressources locales, souvent en Bio (mais pas forcément). Cette agriculture là, elle ne se plaint pas des impôts. Certes, ils n’ont pas gagnés 6 Milliards d’euros comme la société Sofiprotéol de Xavier Beulin, président de la FNSEA. Certes, ils n’ont pas au poignet une montre à plus de 5 000€ comme ce même Xavier Beulin. Mais cette agriculture fait ce qu’on lui demande : elle nourrit la population avec des produits de qualité.

Et ça marche, contrairement au productivisme qui a du mal à créer autre chose que des problèmes.

Dans la Manche, la chambre d’agriculture organise chaque année un challenge basé sur les résultats économiques des exploitations agricoles. Pas de beaux discours, rien que des chiffres, pris directement dans la comptabilité de l’exploitation. Depuis trois ans, ce sont des exploitations très engagées dans l’extensif qui raflent haut la main le challenge (Pierre Aubril en 2010, Guy Bessin en 2011, Christiane et Philippe Angot en 2012).

Ces exploitations là ne polluent pas l’eau, produisent des aliments de qualité, nous coûtent bien moins cher, tout en ayant une efficacité économique parmi les meilleures… Et c’est là le résultat d’un travail de fond mené par des acteurs tels que les CIVAM, ou le GRAB.

Alors, messieurs les agriculteurs, au lieu de brûler des pneus et de nous coûter encore plus cher, je vous propose d’annuler votre journée de manif, et d’en profiter pour l’échanger contre une journée de formation au CIVAM, qui sera entièrement prise en charge par le système VIVEA (organisme de financement des formations agricoles). Vous aurez l’occasion d’y trouver une solution d’avenir, au lieu d’espérer des exonérations fiscales que seul votre grand patron, Xavier Beulin obtient pour garder ses milliards…

Pour vous donner envie et finir sur une bonne note, voici une petite vidéo réalisée par des bretons, sans bonnet rouge, mais avec de vrais solutions pour leur région :

[Sources : Budgets européenBudget européen 2Sur le suicide en agricultureWikipédia : la FNSEAArticle CQFD sur la FNSEA]