En octobre 2013, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture PS mettait en place le Comité Stratégique pour l’apiculture. Le but de ce comité : suivre la mise en œuvre du Plan pour une apiculture durable présenté en février 2013, de préciser les enjeux et les objectifs de la filière et de déterminer les axes de développement de l’apiculture française pour les dix ans à venir. Rien que ça.

Les objectifs annoncés : augmenter la production de miel française (plus de 50% est importé à ce jour), faire baisser la mortalité des colonies (30% de mortalité en moyenne aujourd’hui), débloquer 40 Millions d’euros pour la filière (comme si l’argent était la solution…), Encourager l’installation (encore faut il pouvoir faire survivre un cheptel dans un environnement défavorable), et interdire les pesticides néonicotinoides (voir ici).

Joli programme, mais les apiculteurs avaient des doutes sur la véritable volonté de l’appliquer…

Une seconde réunion houleuse

La seconde réunion de ce comité avait lieu le 17 décembre après-midi, dans les locaux de FranceAgriMer. Face au gouffre séparant les objectifs annoncés et les actes du gouvernement, cinq organisations représentant les apiculteurs ont tout simplement quitté la salle. La Confédération paysanne, la Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP), la Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales (FNOSAD), le Syndicat national d’apiculture (SNA) et l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), c’est à dire quasiment toute la profession (du moins celle représentée par ces structures).

Avant de quitter la réunion, elles ont clairement annoncé les raisons de ce sabordage, dans un communiqué que voici :

«Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité stratégique pour
l’apiculture, les 5 structures suivantes : la Confédération paysanne, la Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP), la Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales (FNOSAD), le Syndicat national d’apiculture (SNA) et l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), vous informent qu’elles ne valideront rien lors de cette réunion, tant pour une question de fond que de principe.
En effet, nous refusons que l’on continue à nous « balader » de comités en groupe de travail, pour validations expresses d’éléments qui n’ont qu’un lointain rapport avec la réalité apicole. La seule urgence serait de s’atteler enfin au sujet essentiel, qui nous préoccupe tous : comment améliorer l’état de notre cheptel ?

Nous attendons d’une politique en faveur du développement de l’apiculture, via le PDDA, qu’elle se saisisse en priorité du problème majeur de surmortalités du cheptel. Il faut cesser d’ouvrir des chantiers tous azimuts, ce qui ne répond en rien aux préoccupations présentes de la filière, tout en dispersant moyens et énergies.
Cependant, aujourd’hui, nous constatons que les signaux envoyés par les pouvoirs publics ne vont pas dans ce sens.

En effet :

  • Les contributions sur la stratégie apicole 2025 n’ont pratiquement pas été prises en compte (on insiste toujours sur notre défaut de structuration et le problème de cheptel est qualifié de « multifactoriel », sous-entendu sanitaire…) La mise en place des organisations à vocation sanitaires (OVS) n’arrange rien ni en termes de structuration, ni en termes de lutte sanitaire.
  • La demande fondamentale et première du comité apicole de l’hiver dernier d’une interdiction de tous les néonicotinoïdes dans toutes leurs formulations, sur toutes cultures, n’a pas été entendue ; dans les faits, le moratoire partiel n’empêche en rien une utilisation massive des néonicotinoïdes.
  • L’ANSES continue de donner des avis favorables à d’autres insecticides systémiques, alors même que l’EFSA a souligné que les procédures d’homologations ne sont pas adaptées aux systémiques en particulier et que le risque abeille est sous-évalué.
  • La révision de la « mention abeilles » élargit encore les possibilités d’épandage ; le comité apicole n’a pas été consulté.
  • Sans compter les dérogations à l’épandage aérien qui sont devenues la règle…

Aussi, nous ne reprendrons les discussions au sein du comité stratégique que lorsque seront posés des actes politiques forts, en cohérence avec les points énoncés ci-dessus. Il serait vain de discuter de l’avenir de la filière tant qu’il n’y aura pas volonté concrète et manifeste de répondre aux problèmes actuels de cette dernière.»

Voilà qui est on ne peut plus clair… Pour ceux qui en doutaient encore, voilà bien un exemple de ce que fait un gouvernement pour l’apiculture : brasser du vent, jeter quelques millions d’euros par la fenêtre, et espérer que les apiculteurs se débrouillent avec ça.

On ne peut que saluer les représentant syndicaux, qui font preuve d’un réalisme salutaire en dénonçant l’immobilisme et l’hypocrisie autour de ce sujet. La solution pour l’apiculture est pourtant simple : interdiction des produits nocifs pour les colonies, implantation de haies, abandon de la monoculture… Pour le reste, la surveillance sanitaire des apiculteurs et leur savoir faire seront bien suffisants… …quoi qu’en disent les lobbys de l’agro industrie.