J’ai depuis longtemps envie de vous parler de ce qui m’a amené à l’apiculture : le rucher collectif que nous avons créé avec Jacky et une poignée de passionnés d’abeilles. Depuis 2010, ce rucher fonctionne, parfois très bien, parfois moins bien, mais nous avons réussi à produire du miel et des essaims, et sauvegarder un petit cheptel de 15 ruches environ.

A plusieurs égards, cette petite aventure collective mérite d’être citée en exemple et d’essaimer un peu partout.

Au départ, l’idée est née dans la caboche de Jacky, apiculteur professionnel depuis quelques dizaines d’années. Lorsqu’il décide de se séparer de la majorité de ses ruches pour partir en « retraite anticipée », Jacky s’aperçoit que plusieurs jeunes le sollicitent pour lui acheter des ruches. A chaque fois il fait la même réponse : « oui, je veux bien, mais il faudra d’abord apprendre à s’en occuper ». C’est ainsi qu’il décide d’apprendre l’apiculture au groupe ainsi formé.

Le rucher de Sartilly

Le rucher de Sartilly est le premier rucher collectif installé dans le Sud Manche.

C’est un moyen simple et efficace d’apprendre l’apiculture. Nous allons ensemble au rucher, nous ouvrons ensemble les ruches, et c’est encore ensemble que nous profitons en fin de saison des produits récoltés!

Ce rucher collectif est constitué d’apiculteurs novices, ne connaissant rien ou peu du monde de l’abeille, et des apiculteurs plus expérimentés. Ce sont les échanges et les expériences de tous qui nous font avancer.

Le rucher collectif est ouvert à tous!

La richesse qu’apporte ce fonctionnement est inespérée : abolition des rapports de forces, des hiérarchies, apprendre à fonctionner en groupe (très hétérogène), apprendre en pratiquant sans contrainte, être épaulé par le reste du groupe en permanence… Cette méthode « d’apiculture libertaire » me semble de loin la meilleure tant au niveau humain qu’au niveau du strict apprentissage. Certains ont acquis des colonies après quelques mois au sein du rucher collectif seulement…

 Petite histoire

Après une saison à apprendre en 2010, nous avons pris notre autonomie avec une récolte correcte en juillet 2011.

Nous avons fait une grosse erreur de nourrissement hivernal (sucre trop riche) fin 2011, et au printemps 2011 nous avions perdu 75% de nos colonies. Une grosse déception, mais Jacky nous a poussé à continuer et à travailler sur la production d’essaims pendant la saison 2012. Ce que nous avons fait. Pas de miel produit cette année là, mais un retour à un nombre de ruches belles et en bonne santé.

En 2013, une belle production de miel, presque inespérée, avec 170 Kilos produits pour 12 colonies en production.

En 2014, nous avons eut une perte de qualité de nos colonies, car nous n’avons pas suffisamment produit d’essaims : nos reines étaient trop vieilles et notre sélection aléatoire! Ce fût l’occasion pour les plus expérimentés d’entre nous d’apprendre l’élevage de reines. A la clé une belle production d’essaims, mais pas de miel en 2014!

La saison 2015 aura été notre première saison « complète », avec des essaims produits d’une part, et une récolte dépassant les 100 Kg encore une fois.

En 2016, une sortie d’hivernage avec des colonies faibles, un nouvel emplacement des ruches pas adapté (trop de vent, mauvaise exposition). Production d’essaims sur les colonies les plus fortes, et 40 Kg de miel produits.

La suite est à écrire!

Rudiments de fonctionnement

Le rucher collectif est inspiré de l’éducation populaire : on apprend hors du champ institutionnel, des savoirs utiles et qui doivent se transmettre de manière informelle à travers la population.

Chez nous, c’est chez toi : pas de chef, pas de maître, pas d’élève, pas de cadre formel. Nous ne sommes ni une entreprise,ni une association, nous ne sommes que des individus qui se mettent ensemble afin d’apprendre l’apiculture (et pleins d’autres choses à l’occasion!)

Voilà quelques rudiments de fonctionnement de notre groupe.

Le rucher appartient à tout le monde. A l’instant ou tu rejoints le groupe, tu as toi aussi la responsabilité des colonies d’abeilles, comme tous les autres membres.
Tu peux donc venir seul ou accompagné (on conseille de venir à deux ou trois minimum, mais il n’y a aucune obligation), visiter les colonies, intervenir si besoin, contrôler si tout va bien… Ou même regarder pendant des heures les abeilles entrer et sortir de la ruche… Pas besoin d’autorisation !

Les premières visites d’apprentissage.
Il est conseillé avant de se lancer d’ouvrir quelques ruches avec une des personnes expérimentées du rucher. Cela peut prendre la forme d’une visite ou un membre plus expérimenté vient au rucher avec les plus novices (et tous ceux qui le souhaitent!). En trois demi-journées, on apprendra à lire un cadre, à faire un essaim, le rythme de la colonie. Ce sont des bases très utiles qui permettront de se débrouiller par la suite.

A la bouffe collective d’automne, un rendez-vous par mois est fixé. Il y aura toujours à faire et à apprendre, ce rendez-vous est fixe. Bien entendu, de nombreuses visites intermédiaires pourront avoir lieu, surtout au printemps !

Pour les autres visites :
-Si je veux intervenir au rucher, je propose par mail un rendez-vous. Si d’autres personnes souhaitent m’accompagner, c’est parti !

-Si personne de peut se déplacer, mais que l’intervention est urgente, je peux y aller seul(e)
-Si j’ai besoin de conseils, je demande au groupe, qui me proposera des solutions
-Si j’ai peur de faire une bêtise, j’y vais quand même, il n’y aura aucun jugement, nous sommes tous là pour apprendre
-Après mon intervention, j’envoie un petit mail pour dire ce que j’y ait fait.

Les visites de groupe :
-Une personne ouvre une ruche, seule. La personne commente ce qu’elle voit et pose des questions si besoin aux autres membres du groupe.
-Nous décidons ensemble de ce que nous faisons, mais c’est la personne qui a ouvert la ruche qui procède aux actions.
-Les moins expérimentés sont prioritaires pour ouvrir les colonies

Quelle apiculture on pratique ?
Toutes ! Il n’y a aucune limite au rucher collectif. Si on souhaite bricoler une nouvelle ruche, tenter quelque chose de nouveau, il suffit d’en parler au groupe, et de se mettre d’accord sur comment on s’organise pour faire les choses.
Il n’y a aucune mauvaise idée, on peut proposer ce qu’on veut ! Même si on n’a jamais ouvert une ruche de sa vie.

Combien ça coûte ?
Pas grand-chose, parfois rien ! Si on a besoin d’acheter du matériel, on essaye de le récupérer à droite et à gauche. Si on doit acheter, on se cotise.

Et ce que le rucher produit, on en fait quoi ?
Le rucher produit du miel, que l’on se partagera entre tous les membres qui sont venus dans l’année (on garde aussi 5 kg environ pour le paysan sympa qui nous donne un bout de champ pour les ruches).
Les essaims produits servent à implanter de nouveau ruchers de ce type, à faire essaimer le collectif. Nous cherchons encore la bonne recette pour le faire, si tu as une idée, elle est bienvenue !