Pollinis, épisode 2…

Il y a quelques mois, j'écrivais un article mettant en doute les intentions de l'association Pollinis (voir ici). Je ne pensais pas avoir un tel écho et être autant relayé sur la toile, mais l'article a beaucoup circulé.

Aujourd'hui, Pollinis abandonne sa campagne de parrainage de ruches, et la création de "conservatoires d'abeilles noires", qui n'étaient en fait que de simples ruchers. Bien entendu, la faute en revient selon Pollinis aux "syndicats d’apiculteurs professionnels" qui se seraient "violemment opposés à (leur) mouvement".

Mais derrière ces raisons officielles, il y a peut-être d'autres raisons, moins avouables, pour stopper leur campagne...

Pollinis, c'est quoi?

Petit retour sur l'article précédent. J’émettais des doutes sur les intentions de Pollinis, pour plusieurs raisons, qui poussaient à penser que cette association n'était en fait qu'un moyen de récolter des e-mails afin de les revendre (à 50 centimes l'e-mail, les 800 000 signataires font une belle somme d'argent), et je démontrais que leur système de parrainage de ruches était clairement hors de prix. Les raisons de ces soupçons sont multiples :

  • Proximité de Nicolas Laarman, DG de Pollinis, avec des organisations ayant ces pratiques : (SOS éducation, Institut pour la Protection de la Santé Naturelle, contribuables associés...etc...)
  • Le créateur et administrateur du site, Frederic Beghi, et également gérant de Topdata, société spécialisée en gestion de fichiers et de gestion des dons (fundraising)
  • Le conseil d'administration de l'association est fermé. Les trois membres n'accueillent un nouveau membre que par cooptation. Impossible donc de savoir quoi que ce soit sur l'association, ou d'y participer
  • Impossibilité d'adhérer à l'association, même en faisant un don ou en participant au parrainage des ruches (est-ce légal?)
  • Aucune transparence sur le nombre de parrainages existants, sur les signataires de la pétition
  • Aucune publication de compte rendu d'assemblée générale, ni de comptabilité de l'association (est-ce légal?)
  • Utilisation de l'expression "conservatoire", pour de simples ruchers
  • Création d'un doublon d'une pétition déjà existante (l'UNAF l'avait fait depuis déjà quelques temps)
  • Création du parrainage de ruche alors que l'UNAF le pratiquait déjà dans le même objectif
  • Aucun soutient d'associations ou de syndicats agricoles, apicoles, ou de protection de la nature

J'ai tenté de contacter Mr Laarman, qui m'accusait sur divers sites de le calomnier. Voici le mail que je lui ait fait parvenir :

Bonjour Mr Laarman,

Tout d'abord merci d'avoir prit la peine de donner votre avis sur mon article.
Sachez que quelles que soient vos bonnes intentions, vous trouverez toujours des gens en désaccord avec vous. C'est pour cette raison qu'il vaut mieux prendre les devants et consulter les gens concernés avant de se lancer, il me semble...
Je trouve très étonnante la démarche consistant à créer un réseau pour "sauver l'abeille", sans proposer à la filière apicole de donner son avis.
Mais bref, ce n'est pas ce qui m'amène.
Tout d'abord, dans un soucis de clarté, je vais modifier mon article afin de préciser le lien entre vous et Topdata.
Sur le fond, vous en dîtes peu sur votre fonctionnement. De nombreuses arnaques existants dans ce domaine, ne soyez pas surpris d'y être assimilés avec un système de payement de ruches! Je ne fais dans cet article que relayer une impression et des avis qui sont ultra présentes dans le monde apicole en général...
Les abeilles ne se prennent pas à la légère, et on voit des personnes pleines de bonnes intentions (souvent en apiculteurs amateurs, mais aussi certains pros) qui participent en fait plus à la destruction des abeilles qu'à leur sauvetage... Car des colonies mal gérées, issues de lignées non adaptées, ou autres, vont détruire le cheptel déjà présent.
D'ou mes questions :
-Comment sont gérées vos colonies?
-D'ou viennent vos reines?
-Quelle race d'abeille utilisez vous?
-Quelles préconisations sanitaires utilisez vous?
-Quels traitements utilisez vous?
-Que faîtes vous du miel récolté?
-Pourquoi pas de labelisation de vos essaims?
Je vous remercie si vous avez le temps d'y répondre.

 

Cet e-mail date du 16 décembre 2012, et je l'ai publié également sur le forum apicole Apiservices (voir ici), en réponse à Mr Laarman... Depuis, aucune réponse.

Tous ces faits ne rassurent pas sur les bonnes intentions affichées du réseau Pollinis. Mais à la suite de l'article, j'ai eut d'autres informations plus inquiétantes encore.

Des ruchers fantômes?

En 2013, des membres de l'U.A.O. (Union Apicole Ornaise), me contactent pour en savoir plus sur Pollinis, qui annonce sur son site internet un "conservatoire d'abeilles noires" dans le Perche. Mais d'après leurs recherches, ce conservatoire n'existe pas. Malgré tout, l'association Pollinis les contacte pour trouver un apiculteur bénévole susceptible de s'occuper de leurs ruches à l'avenir car un chef d'entreprise souhaite payer un parrainage (au prix du parrainage, faire travailler les gens gratuitement est une bonne affaire!). Ne sachant pas le fin mot de l'histoire, je joue la diplomatie et propose un rendez-vous avec Mr Laarman. Mais il n'a jamais donné suite, comme pour les e-mails.

Je ne suis pas le seul apiculteur à avoir tenté d'enquêter sur Pollinis. Et comme moi, d'autres se sont aperçut que certains ruchers étaient inexistants. Voici le témoignage d'un autre apiculteur, Jean-Claude :

J'ai réussi à savoir que 3 des 5 conservatoires décrits sur le site de Pollinis sont des propriétés des frères ou sœurs de N.Laarman; j'attends que la propriétaire du château de Courtomer me rappelle. Elle est aux Etats Unis. D'après la gérante, il n'y a pas la moindre ruche sur la propriété du château. Si tu regardes le conservatoire situé au "Colombet", tu peux voir que les ruches appartiennent à O.Boulanger. Parfait, si ce n'est que O.Boulanger est mort depuis au moins 10 ans. Qui est son fils ? Le mari de D.Laarman.

Bref, impossible de savoir ou va cet argent, si ce n'est pour mettre des ruches chez les Laarman. Bien entendu, nous autres ne sommes pas journalistes, et n'avons pas le temps d'enquêter pour apporter des preuves plus fiables sur le sujet.

Mais heureusement, certains journalistes font leur travail.

La presse s'en mêle

 

Un apiculteur Pollinis? Non, une image issue d'une banque d'image du web, utilisée sur leur site...

Ces histoires de manipulation des bonnes intentions à des fins pas très avouables ne sont pas neuves. Nombreux sont ceux qui s'y essayent et parfois réussissent. A la suite de mon article, plusieurs journalistes de sites réputés m'ont contactés, car ils enquêtent sur ce type d'arnaques à grande échelle. Au passage, j'avais accepté une "confrontation" avec Mr Laarman, qui se décidera peut-être finalement à me rencontrer.

Et il y a fort à parier que ce soit cela : les journalistes, qui ait décidé Mr Laarman et Pollinis à abandonner leur parrainage de ruches, et à rembourser les dons déjà faits. Parce que s'il s'avère que Pollinis n'est pas clair sur le sujet, un article documenté pourrait non seulement faire du tort à Mr Laarman, mais également à un grand nombre d'organisations du même genre, et ils n'en ont pas vraiment envie.

Peut-être que je me trompe, et que Mr Laarman est sincère. Regardons de plus prêt son argumentaire pour s'en faire une idée.

Le complot des apiculteurs

Sur son site internet, Mr Laarman annonce donc depuis quelques semaines la fin du parrainage de ruches, et surtout le remboursement des parrainages déjà effectués (Bizarrement cette page a désormais été retirée de leur site...). Il y explique les raisons de cet abandon. Et à le lire, il semblerait qu'un véritable complot d'apiculteurs l'ait empêché de sauver les abeilles, pour d'obscures raisons financières et idéologiques...

Après une introduction sur les actions de l'association, il en vient au sujet qui nous concerne : "Pollinis se heurte depuis des mois à des attaques totalement inattendues qui nous empêchent d’avancer"...

Allant jusqu'à affirmer : "Une campagne de diffamation extrêmement agressive et calomnieuse a été lancée sur Internet". Ces "attaques", quelles sont-elles? Un article que j'ai rédigé, il y a plusieurs mois, sur ce blog qui comptabilise entre 30 et 150 visites par jour? Pour vous donner une idée de l'impact ridicule qu'a pu avoir mon article, un site comme Le Monde comptabilise environ 40 000 000 de visites par mois! Quelques blogs ont relayés ces informations, mais je doute qu'ils aient beaucoup plus d'audience... Nous sommes donc loin d'une "campagne de diffamation" des "apiculteurs" comme l'affirme Mr Laarman.

Mr Laarman se plaint également des attaques de la part de "quelques syndicats d’apiculteurs professionnels (qui) se sont violemment opposés à notre mouvement, et à tous les projets que nous essayons de monter au niveau local – allant même jusqu’à joindre par téléphone les bénévoles ou les mécènes qui nous soutiennent, pour calomnier Pollinis, les effrayer et les dissuader de travailler avec nous."

Ces "quelques syndicats" sont en fait l'UNAF, qui a produit un communiqué appelant à se méfier de ce type de démarches (voir ici), et dans lequel le nom de Pollinis n'apparait jamais, ni celui de ses responsables... Ensuite, ce n'est que le bouche à oreille d'une profession qui est habituée à un effet de mode attirant les arnaqueurs de tous poils, et qui se méfient de ce genre de démarcheurs. Nous sommes loin, là encore, d'une quelconque calomnie, comme l'affirme sans rire Mr Laarman.

Mais ce qui me déplait le plus dans la position de Pollinis, c'est ce qui suit :

Ils craignent (les apiculteurs professionnels) avec les ruchers conservatoires une concurrence déloyale. Ils y voient une critique implicite d’une certaine forme d’industrialisation de l’apiculture, poussée par quelques grosses entreprises de la filière apicole. Enfin, ils n’acceptent pas que de simples citoyens, ou de petits apiculteurs amateurs et passionnés, interviennent dans le monde des abeilles.

Mr Laarman affirme donc que les syndicats voulant sa fin sont des apiculteurs professionnels, au détriment de l'apiculture amateur dont il se réclame. A titre informatif, l'UNAF compte beaucoup plus d'amateurs que de professionnels. Pour preuve, plus de 20 000 adhérents au syndicat, alors que le territoire compte moins de 3 000 apiculteurs professionnels (source France Agrimer)... Faîtes le calcul, il semblerait que Mr Laarman ne sache pas compter.

Il parle également de "concurrence déloyale". Mais quelle concurrence? Un apiculteur vend un essaim entre 90 et 150€, alors qu'un parrainage chez Pollinis coûtait 540€! Les apiculteurs n'avaient rien à craindre de cette concurrence. Ce n'est donc pas là qu'est le problème.

Et surtout, d'après Mr Laarman, les apiculteurs professionnels sont à la botte des industriels, et saccagent l'abeille avec leur méthodes intensives. Comme si être professionnel signifiait obligatoirement l'intensif. Lorsque Mr Laarman sera capable de fournir des essaims d'abeilles noires rustiques en quantité tous les ans, avec des souches travaillées et adaptée à leur biotope naturel comme le font certains apiculteurs professionnels, il pourra venir parler de sauvegarde de l'abeille noire. Lorsqu'il aura visité des exploitations, il pourra juger du caractère intensif ou non de l'apiculture française. Aujourd'hui, nous avons à faire à un amateur de la question, qui tape à l'aveuglette sur qui voudra bien prendre les coups, sans aucun discernement. Je suis le premier à dénoncer les problèmes causés par l'apiculture intensive (parcourez ce blog pour en être convaincus), et pourtant je suis également le premier à dénoncer les pratiques de Mr Laarman...

En conclusion...

Bref, il y a fort à parier que ce cher Mr Laarman ait sentit que sa petite affaire commençait à être regardé d'un peu trop près par les apiculteurs (amateurs et professionnels) et surtout les journalistes. Il faudrait être bien naïf pour croire qu'une profession comptant à peine 3 000 membres sur le territoire ait pu mettre à mal une entreprise comme la sienne, sans compter que certains apiculteurs voyaient d'un bon œil sa démarche, comme le prouvent certains commentaires sur mon premier article sur le sujet (voir ici).

Mais peut-être que le mieux placé pour en parler serait Mr Laarman lui-même? Dommage qu'il reste injoignable encore aujourd'hui. En attendant, restez éloigné de ce genre d'associations, dont les bonnes intentions affichées cachent parfois des pratiques plus que louches.