C’est une banalité de le dire, tout va trop vite. La tête dans le guidon, prendre du recul est devenu quasi impossible. Vite, il faut avoir un avis sur tout, et penser à court terme. Il peut être bon parfois de se replacer dans une histoire globale, de se remémorer d’où vient l’apiculture et l’abeille… Peut-être y trouverons nous des clés pour penser un peu mieux notre relation quotidienne avec ce petit hyménoptère si précieux.

Les conditions de la vie sur terre

L’histoire de la vie sur terre commence très tôt. On estime à la louche que tout à commencé il y a 15 Milliards d’années. Ça fait beaucoup de zéros, 15 Milliards : 15 000 000 000.

C’est le Big Bang, une explosion gigantesque à l’origine de l’expansion de l’univers. Dans le quart d’heure suivant, les  premiers noyaux atomiques étaient là : hydrogène, hélium etc… Tout ça a évolué et surtout refroidit durant 400 000 ans, permettant la formation de galaxies il y a 14 Milliards d’années. La formation de la Terre, date d’il y a 4,6 Milliards d’années. Autant vous dire que tout ça ne date pas d’hier, et que les conditions de la vie actuelle sont le fruit d’une très lente et très complexe évolution, dont nous sommes loin de connaître tous les tenants et aboutissants.

La vie sur terre

Les premiers êtres vivants connus, avant de devenir des vers et des méduses, datent d’il y a 3,8 Milliards d’années (aire pré-Cambrienne). Le temps passe, lentement, et les premiers insectes arrivent il y a 380 Millions d’années (aire Silurienne), avant de devenir des abeilles, au Crétacé, il y a 100 Millions d’années. Elles se débrouilleront très bien sans les êtres humains encore quelques millions d’années.
Et l’homme dans tout ça ? Nous arrivons 98 Millions d’années plus tard, il y a 2 Millions d’années (Pléistocène). Il faudra encore attendre pour que l’homme devienne civilisé, il y a 10 000 ans (Holocène). Autant vous dire, donc, que l’homme est à la fois le dernier venu, mais également celui qui aura le plus rapidement modifié son environnement.

Si on voulait comparer la planète à un être humain, et qu’on lui donnait 46 ans aujourd’hui, l’homme serait arrivé il y a quelques millisecondes. Et on peut dire que pour le dernier arrivé, il a foutu un sacré bordel. Cette milliseconde aura suffit à bétonner une proportion non négligeable de terre, à épuiser des ressources présentes depuis des milliers d’années (pétrole, gaz, uranium, lithium…), et surtout à faire disparaître une bonne proportion de la biodiversité vieille de presque 5 Milliards d’années. C’est beaucoup en si peu de temps, même si pour certains ce n’est pas encore assez (voir cet article).

L’apiculture

Une des premières figurations prè-historique européenne se trouve en Espagne, dans la « Cueva de la Arana ». Une autre est visible dans la province de Castellon où une gravure rupestre figure une scène de récolte de miel datant de 4000 à 4500 ans avant J.C.

On suppose donc que l’aventure de l’apiculture et les premières relations homme-abeilles datent d’il y a environ 6 000 ans. Pour récolter le miel, l’homme procède comme cueilleur de miel, détruisant tout ou partie de la colonie.

La première allusion à une ruche date du moyen-âge, au XIVème siècle, dans le Traité d’agriculture de P. de Crescenzi. Il y fait allusion au système de hausses, qui permettent de sauvegarder l’essaim tout en récoltant une part de miel. Mais à cette époque, les essaims sont abondants en forêt, et le miel est une denrée accessible à tous.

Au XVIIIème siècle, le système de hausses se démocratise, et l’apiculture telle que nous la connaissons commence à voir le jour. A l’époque, ce sont presque 100 000 ruches qui sont en activité rien que dans le département de la Manche. Les essaims sauvages sont encore omniprésents en forêt.

Au XIXème siècle, la ruche à cadre apparaît, et deux camps s’affrontent chez les apiculteurs : Fixistes, adeptes de la ruche paille d’antan, et mobilistes, adepte de la ruche à cadre et des techniques modernes. Les mobilistes, en procédant à des réunions de colonies, réussissent à obtenir des récoltes 4 fois supérieurs aux fixistes. C’est le début de « l’optimisation de l’abeille ».

En 1870, la guerre contre la Prusse fait des ravages. Les prussiens détruisent systématiquement les colonies pour voler le miel, et les soldats français ne sont pas en reste, que ce soit pour voler ou pour le plaisir de détruire. A la fin de la guerre, la population d’abeilles à très fortement diminuée. A la suite de cet épisode, on assiste à des vols d’essaims, ce qui pourrait signifier qu’il devient plus difficile d’en récolter en forêt.

L’apiculture intensive

En 1942, c’est la fin du fixisme, l’Etat interdisant l’étouffage des colonies. Les sociétés d’agriculture s’organisent, et même si l’apiculture est un peu en retrait, elle est tout de même dans la logique du « toujours plus » de l’époque.

C’est à cette époque que les ruches se standardisent, et que les français adoptent la ruche Dadant importée des USA. Les extracteurs se modernisent et permettent une plus grande production de miel. L’apiculteur commence à contrôler assidûment l’essaimage pour favoriser la production du miel, et le but premier devient d’optimiser la colonie pour en tirer le meilleur profit.

L’apiculture devient plus coûteuse, avec le nouveau matériel, les cires gaufrées… Les apiculteurs fixistes sont aussi victimes d’une image très mauvaise, colportée par les apiculteurs « modernistes » et les pouvoirs publics qui poussent à la production. L’apiculture se professionnalise, devient un métier à part entière.

Jusque dans les années 1980 voir 1990, les récoltes sont florissantes. L’apiculture est un métier techniquement simple, mais le prix du miel très bas oblige l’apiculteur à beaucoup de travail. Ensuite, avec l’utilisation de nouveaux pesticides (voir ici), le remembrement, la baisse de la diversité de flore, la standardisation de la génétique des reines, ou encore l’importation de nouveaux prédateurs (Varroa, Frelon, Athénia Tumida… voir cette page) le métier devient très technique, avec des résultats très aléatoires.

Il existe aujourd’hui encore plusieurs façons d’aborder l’apiculture, j’en parle dans cet article.

Une histoire brève…

…Et dont je ne connais pas la fin. Mais à la lumière de l’histoire de l’abeille, on peut tout de même s’inquiéter.

Depuis 100 Millions d’années, l’abeille s’est adaptée à de nombreux changements. Climatiques, nouveaux prédateurs, elle a même résisté là ou les dinosaures se sont éteints. Puis les guerres et la re-formation de sa population…

Aujourd’hui, les populations s’effondrent, tant chez les abeilles domestiques que sauvages. Ce qui signifie que les agressions subies aujourd’hui par les abeilles sont beaucoup plus dangereuses que toutes ces épreuves dont elle est sortie indemne.

Je n’aime pas jouer les catastrophistes, mais quand même, il y a là de sérieuses questions à se poser…