Suite au plan de développement durable de l’apiculture (PDDA, voir ici), le ministère doit proposer une série de lois afin de protéger les abeilles des pesticides. Une des premières mesures est en phase de validation, et concerne l’encadrement des épandages de ces produits. Un groupement d’apiculteurs issus de toute la France a décidé de profiter de la consultation publique sur ce texte pour donner son avis plus largement sur l’efficacité d’une telle loi. Nous vous invitons à envoyer vous aussi cet avis, modifié si besoin par vos soins.

Participez avec nous à la consultation publique

L’arrêté (consultable ici) concerne plusieurs petites avancées :

  • Il réaffirme l’encadrement des épandage durant la floraison de certaines plantes
  • Il donne une heure légale de coucher du soleil afin que les traitements commencent

Mais néglige plusieurs points, qui vont le rendre inefficace :

  • Il ne prend pas en compte la rémanence des produits épandus
  • Il ne prend pas en compte les produits qui tuent indirectement les abeilles en étant administrés aux larves via les nourrices (par le pollen infecté)
  • Il ne modifie pas l’administration des AMM (autorisation de mise sur le marché) comme annoncé pendant le PDDA, dont le laxisme est dévastateur aujourd’hui

Pour toutes ces raisons, nous, groupe d’apiculteurs amateurs et professionnels, en dehors de tout groupement syndical et/ou politique, avons décidé de rédiger dans l’urgence ce texte afin qu’il soit envoyé massivement par tous les citoyens au gouvernement lors de la consultation publique ayant lieu jusqu’au 22 décembre 2014. Nous vous invitons à relayer notre cause, en envoyant ce texte par mail, en mettant en objet : arrêté « abeilles », à l’adresse suivante :

brmmi.sdqpv.dgal@agriculture.gouv.fr

Libre à vous de rédiger le vôtre, ou de modifier celui-ci, bien entendu.

ARRÊTÉ « abeilles »

Le présent projet d’arrêté modificatif a pour vocation de préciser les conditions d’utilisation des insecticides et acaricides à usage agricole prévues par l’arrêté interministériel du 28 novembre 2003 énoncées en vue de protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs. Ces modifications visent à renforcer la protection des abeilles domestiques.

Fixer l’heure légale du coucher du soleil afin de préciser à quelle heure pourra être appliqué le traitement ?

Cette proposition vise à autoriser l’emploi d’insecticides durant la floraison ou au cours des périodes de production d’exsudats, en dehors de la présence des abeilles.
Certes, les abeilles auront rejoint la colonie au coucher du soleil, mais seront bien évidemment de retour le lendemain matin sur les zones traitées. La durée de vie des biocides et acaricides actuellement utilisés, ne se limite pas à une seule nuit. En effet, si le délai d’action est généralement de l’ordre de 2 à 7 jours, leur demi-vie et leur rémanence est évaluée a 2 semaines.
Le nectar, le pollen, l’exsuda, collectés par les abeilles sur les végétaux traités seront bien entendu pollués des molécules chimiques entrant dans leur composition. Rapportées à la ruche, emmagasinées à l’abri de l’humidité et de la lumière, fixées dans le miel et les provisions hivernales, ces molécules restent actives bien plus longtemps que ne l’indiquent les tests d’évaluation nécessaires à la délivrance d’une AMM. Dès lors, l’efficacité concrète de cette mesure semble faible, voire inexistante.
La modification de l’arrêté recherche des mesures à la fois pertinentes pour la protection des abeilles et applicables par les agriculteurs.

Soit, profitons alors de cette concertation pour attirer l’attention des décideurs sur certains types d’insecticides, insidieusement mis sur le marché en affirmant qu’ils sont sans effets sur les abeilles, ce qui est vrai, mais particulièrement néfastes pour le couvain et donc le devenir des colonies d’abeilles impactées, ce qui est caché.

Ces insecticides à effet larvicide (benzoylurées et homologues d’hormones juvéniles) sont de plus en plus employés dans notre pays. Ils ont pour effet principal d’inhiber la synthèse de la chitine des larves au cours de la métamorphose. La larve contaminée, incapable de constituer son exosquelette ne peut devenir….une abeille.
Certains, bénéficiant d’une AMM (contestable*), visent le traitement des cultures fruitières et maraîchères, la désinfection des animaux et des locaux d’élevage, la désinsectisation des forêts, parcs et jardins, la démoustication.
D’autres, bien qu’interdits d’emploi en France sont ouvertement proposés à la vente sur des sites commerciaux français et donc vraisemblablement utilisés clandestinement. (Voir liste non exhaustive ci-dessous).

(*) Pourquoi les AMM sont-elles contestables et quelles sont les répercutions de ces insecticides sur l’apiculture.

  1. L’effet de ces insecticides est insidieux et échappe à la vigilance sanitaire normale de l’apiculture. L’abeille n’étant pas affectée au stade imago on ne peut observer la présence d’insectes morts dans la ruche ou ses abords, ce qui permettrait de déceler la contamination.
  2. Cette innocuité vis a vis de « l’abeille » va jusqu’à être mise en avant par les diffuseurs qui ne peuvent méconnaître l’effet d’un produit larvicide sur le couvain d’une colonie d’abeilles.
  3. Les sécrétions des glandes hypopharyngiennes, les sécrétions des glandes mandibulaires, le miel, le pollen, les enzymes digestifs et l’eau transmis par trophallaxie pour servir de nourriture aux larves contiennent et véhiculent ces molécules larvicides. Larvicides mais pas seulement, puisqu’elles affectent également les œufs et la fécondité de la reine.
  4. La persistance de ces molécules dans les réserves contaminées inhibe le développement pré hivernal de la colonie et compromet sérieusement son redémarrage printanier. Aussi observe t-on, depuis quelques années des pertes hivernales anormales ayant conduit certains observateurs à imaginer qu’elles étaient vraisemblablement dues à l’apparition de pollens toxiques.
  5. Les produits larvicides sont de plus en plus utilisés dans notre pays. Comme précisé plus avant et ici rappelé, ils servent aux traitements des cultures fruitières et maraîchères, la désinfection des animaux et des locaux d’élevage, la désinsectisation des forêts, parcs et jardins, la démoustication.
  6. Les abeilles rapportent à la ruche, le nectar et le pollen pollué (fénoxycarbe, diflubenzuron) mais sont également confrontées à bien d’autres sources de contamination par ces même larvicides. En léchant les exsudats contaminés par les traitements en milieu forestier (diflubenzuron), en s’abreuvant sur de l’eau traitée pour la démoustication (hexaflumuron), en pompant dans les écoulements des tas de fumier des nutriments nécessaires…
  7. Si il devait y avoir une priorité dans la modification de l’arrêté interministériel du 28 novembre 2003, elle serait d’imposer un étiquetage des produits larvicides comprenant la mention: «  Sans danger pour le couvain des d’abeilles ».

Commentaires :
Si l’on s’en tient à la lecture des propositions faites pour la modification de l’arrêté initial, il appert évident que le rédacteur méconnaît l’impact des larvicides sur les colonies d’abeilles. Les apiculteurs espèrent que la consultation publique, ici proposée, débouchera sur une remise en question de l’emploi des larvicides permettant elle une réelle protection de l’abeille domestique.

Ci-dessous une liste non exhaustive des produits visés plus haut :
Triflumuron (non autorisé en France), Fénoxycarbe (autorisé en France), Diflubenzuron (autorisé en France), Héxaflumuron (non autorisé en France), Novaluron (non autorisé en France)