Je ne vous ferai pas ici la liste des soucis que rencontrent les abeilles et les apiculteurs depuis plus de 30 ans en France, vous trouverez dans d’autres articles de ce blog de l’information là dessus. Mais il est un ennemi des abeilles méconnu du grand public : le Cynips du châtaignier. En s’attaquant à cet arbre, il prive les abeilles d’une ressource essentielle à la colonie dans une majorité de régions française. Des moyens non chimiques existent pour lutter, mais les apiculteurs sont les oubliés de cette lutte.

Histoire du Cynips

Le Cynips du châtaignier est un petit hyménoptère parasite. Les adultes pondent dans les bourgeons, et les fleurs, feuilles et tiges touchées sèchent au printemps suivant. Il produira jusqu’à 80% de fleurs en moins. Il se reproduit très rapidement, au rythme de 100 œufs par an, ce qui fait théoriquement passer de 1 à 100 millions d’individus en seulement quatre ans. En un an, il peut parcourir jusqu’à 40 kilomètres.

Originaire de Chine, il est apparu en 1940 au Japon et en Corée, en 1974 aux États-Unis et en 2002 en Europe. Les importations de plans de châtaigniers seraient la cause la plus probable de son introduction artificielle. En 2007 il est repéré dans le sud de la France, mais il est rapidement éradiqué. Malgré tout, il est toujours là et s’étend sur tout le territoire depuis 2010 où il réapparaît en Ardèche.

Lutte biologique

Au printemps 2010, lorsque le cynips est repéré pour la première fois en Ardèche, qui est la principale zone de production française de châtaignes, la filière s’inquiète et la chambre d’agriculture locale met en place une initiative nationale de lutte contre le parasite, avec l’INRA PACA : le comité de pilotage de lutte contre le cynips.

La lutte biologique est préférée, en introduisant un prédateur du Cynips dans les zones infectées. Le but est d’organiser des lâchers de Torymus Sinensis, une guêpe chinoise, dans les vergers de production et dans les milieux forestiers, en espérant un contrôle « naturel » des Cynips.

Avec des résultats lorsque les lâchers sont nombreux et bien faits. La population corse s’est beaucoup mobilisée contre le Cynips. En 2014 on dénombrait plus de 400 lâchers de Torymus sur l’ensemble des deux départements. La châtaigneraie de Corse est en voie de guérison, mais on estime à dix ans le temps nécessaire pour un retour à la normale (selon Nicolas Borowiec, INRA).

L’exemple Corse est particulier, et pour tout dire impossible à répéter sur le continent. Sur L’île, les châtaigniers soutiennent trois filières agricoles : porcine apicole et castagnicole, ce qui a permis une forte mobilisation sur un territoire restreint.

Un des problème posé par cette méthode, c’est son prix. Le lot de Torymus coûte 260€, et le protocole pour le lâcher est très exigeant : en présence des galles du Cynips, à un moment bien précis du cycle du Torymus. Il doit être fait à la mi mars, pendant la période de ponte, qui ne dure que trois semaines. Sans compter qu’un lâcher isolé ne suffisant pas, le coût d’une telle opération représente beaucoup d’argent, que les instances apicoles ne peuvent pas investir (en Ardèche, l’objectif d’un appel aux don des castanéiculteurs est de 150 000€). Le second problème de taille : la disponibilité des Torymus, très limitée.

Les apiculteurs oubliés

Le comité de pilotage de lutte contre le Cynips s’est réuni début décembre 2014 pour prendre en charge ce problème. Étaient présents au ministère de l’agriculture pour en parler des castanéiculteurs et des représentants de l’apiculture. Des aides sont alloués pour des lâchers de Tymorus, mais cette phrase du rapport tombe comme un couperet : « les apiculteurs ne pourront donc pas faire de lâchers en 2015 ». En cause, la disponibilité du Torymus, limitée à 1 000 lâchers pour la France entière en 2015.

Les apiculteurs qui ne se trouvent pas en zone de castanéiculture sont donc clairement condamnés à regarder les châtaigniers s’éteindre et leurs colonies en pâtir. Les principales régions castanéicoles étant la Corse, les Midi-Pyrénées, l’Aquitaine, et le Limousin, cela donne une idée de la maîtrise du Cynips à  venir sur le territoire. Sans doute une prise en compte tardive du problème par les pouvoirs publics nous mène à cette grave situation. En plein PDDA (Plan de Développement Durable de l’Apiculture) et ses millions dépensés, on se pose la question de l’efficacité et de la réactivité de nos dirigeants…

Certes la filière châtaigne est en grand danger, et il essentiel de s’investir dans cette lutte, là ou est leur production. Mais il faut savoir que l’apiculture est grandement menacée elle aussi. Le nectar de châtaignier est une composante majeure de la miellée d’été, sans elle, c’est une production de miel bien moindre, un manque à gagner pour les apiculteurs, et des colonies encore privée des ressources nécessaire à leur survie.

Reconnaître le Cynips

Voici une série de photographies pour vous aider à reconnaître le Cynips du châtaignier. Si vous en détectez, vous devez prévenir votre mairie le Service Régional de la Protection des Végétaux dont vous dépendez. N’hésitez pas à prévenir également les associations apicoles ou les GDS (Groupement de Défense Sanitaire) de votre département.

A droite ce qui aurait du être le prolongement de la tige, en train de sécher, une galle en amont bouche les canaux de sève.
On voit sur cette branche la grande densité des galles.
En juillet, là où il y avait des galles, l’arbre est sec, mort.

[Pour rédiger cette article, j’ai demandé par mail et/ou téléphone des renseignements à plusieurs organismes (INRA, ITSAP, France Agrimer). A ce jour aucun organisme de ne m’a répondu… Je me dois en revanche de remercier un apiculteur anonyme, qui a corrigé de nombreuses erreurs et autres approximations d’une première version non publiée. C’est lui qui a fournit les photographies de la dernière partie de l’article. Encore un grand merci à lui.]