La création d’une interprofession apicole est depuis l’an dernier le leitmotiv du ministère de l’agriculture, mesure phare du PDDA (Plan de développement durable de l’apiculture). Il y a quelques semaines, Stéphane Le Foll se vantait d’ailleurs un peu vite du succès de son plan, prenant à témoin la production de miel en augmentation, dont n’importe quel jardinier du dimanche sait qu’elle est dû au climat… (voir ici) …Bref, la création de l’ interprofession a déjà posé des problèmes l’an dernier (voir ici), et il semble que ça ne soit que le début…

Le 1er mars dernier, avait lieu une réunion entre les différents acteurs supposés de cette interprofession…

J’avais donc dans l’idée de travailler un article pour bien comprendre tout ça… Un bel article plein d’informations, vérifiées, avec les sources, et tout le bazar… Tout ça m’aurait pris du temps, beaucoup de temps… Le tout au printemps, quand il faut être aux ruches, au jardin, et autres activités…

Circulez, y’a rien à voir…

Et du temps, ça m’en aurait prit beaucoup. Parce que si vous cherchez des informations sur l’interpro apicole, je vous souhaite bon courage. Seule la FFAP (Fédération Française des Apiculteurs Professionnels) communique sur le sujet (compte rendu sur son site). J’ai envoyé un mail aux autres syndicats, pour avoir leur point de vue sur la question. Très peu ont répondu.

La Confédération Paysanne m’a envoyé un compte rendu, la FNSEA m’a envoyé le tract de sa commission apicole (crée spécialement pour la création de l’interpro… sans doute pour prétendre à y siéger), et le SPMF (Syndicat de Producteurs de Miel de France) m’a envoyé de nombreux documents, mais en l’accompagnant d’une morale à deux balles (à la limite de l’insulte), en me disant que si je voulais avoir accès aux informations à l’avenir, il me fallait cotiser à leur syndicat…

Comme si l’interpro ne concernait que les syndiqués. Ces personnes se targuent de représenter la profession dans son entier, et lorsqu’il sera question de la financer, ne doutez pas qu’ils nous demanderont à tous mettre la main à la poche (ce sont les fameuses « cotisations volontaires obligatoires »… rien que le nom laisse songeur). En revanche, les informations sur ce qui se dit là haut ne nous concerneraient pas! On croit rêver, un bel exemple de démocratie, messieurs les moralistes.

Bien entendu, pour ces gens, il est impensable de s’organiser autrement. Il faut rentrer dans les rangs, ou ne pas exister.

Une réunion pour causer de quoi?

Le plus drôle dans tout ça, c’est que la question ayant monopolisée toute l’attention durant la réunion fût la gouvernance. Triste constat, on se bat donc pour savoir qui va être le chef avant de savoir quels seront les objectifs de l’interprofession… C’est dans l’air du temps, ne soyons pas surpris.

Le compte rendu de la réunion. Disponible en librairie.

Ils y posent aussi la question du financement de cette interprofession. Pour l’instant la proposition d’une COV (cotisation volontaire obligatoire) imposée à tous les apiculteurs, est la seule piste évoquée. Elle pourrait prendre la forme d’une taxe au kilo de miel ou autre…

Je passe sur les petites manipulations des uns et des autres, quand la FNSEA par exemple, déjà représentée par le SPMF (sa section apicole), souhaite une seconde voix au titre de syndicat agricole… Ou quand les acteurs économiques de la filière (grande distribution, coopératives…etc…) veulent autant de pouvoir de décision que les apiculteurs eux-mêmes…

Un peu d’histoire?

Pour rappel, une interpro s’était déjà faite dans les années 80, en catimini également, et avec un fonctionnement très opaque… Une taxe au kilo de miel, assortie d’amendes pour ceux qui refusaient de la payer, et qui a fini par trois ans de procédures pénales pour être finalement éliminée. Et enfin, au bout de ces procédures, découvrir que l’argent collecté chez tout le monde servait les intérêts de quelques « gros », et à payer des salaires un peu trop élevés à certains… Un bel exemple qui semble se reproduire!

Alors, bonne saison à tous, il va falloir en faire du miel, pour que les ministres soient contents, et surtout, financer l’interpro, dont on ne sait pas ce qu’elle va faire! Mieux vaut en rire!