L’enseigne Leclerc, qui tente comme ses concurrents de se refaire une image « verte » depuis que le bio est à la mode, développe le local dans ses rayons. Le miel ne fait pas exception, produit « nature » par excellence.

Or on le sait, si l’abeille va mal, c’est en grande partie à cause de la course à la production de l’agriculture, dont les enseignes de grande distribution ont largement profité. Elles ont même contraint certains producteurs à cette course au moins cher, les poussant parfois à la faillite et au suicide. Pour un apiculteur, c’est un choix difficile de refuser un « gros client », mais il est nécessaire de le faire quand ce client est un nuisible.

J’ai eut le bonheur d’en avoir l’occasion cette semaine. Un grand magasin Leclerc m’a envoyé cette proposition :

Bonjour Madame, Monsieur, 

Je me présente, ***** *****, je suis actuellement stagiaire au sein de l’entreprise E.Leclerc de *******. Plus précisemment, je suis en charge d’un projet pour le magasin autour du miel. Pour cela, je découvre au fil des jours le merveilleux métier d’apiculteur, le fonctionnement des abeilles ainsi que les produits de la ruche.

Le projet consiste à mettre en place une gamme d’environ 250 miels spécifiques (de par son lieu de récolte, sa manière, …) et de qualité du monde entier venant de producteurs locaux divisé en 3 parties (France/ Europe/ International).
Dans le cadre de mon projet, je suis très intéressée par vos miels spécifiques. J’aurais souhaité pour cela, collaborer avec vous.
Pour le lancement, nous souhaitons de petites quantités. Ensuite, si la demande augmente, l’entreprise commandera de nouveau aurpès de vous.

La mise en place du projet étant prévue pour fin Septembre, j’aurais besoin d’une réponse rapidement svp.
N’hésitez pas à me contacter par tel/e-mail pour toutes questions éventuelles. 

Je vous remercie par avance de l’attention que vous accorderez à ma demande.
Bien cordialement,

L’occasion était trop belle. J’ai donc pris ma plume pour dire deux mots de ce que je pensais à cette stagiaire pleine de bonnes intentions :

Bonjour,

Merci de votre intérêt, mais je ne souhaite pas travailler avec la grande distribution.

Vos établissements ont malheureusement largement participé à développer une agriculture centralisée, destructrice de l’environnement, utilisatrice de produits phytosanitaires à outrance. Ce qui est contraire à l’agriculture que je souhaite développer de mon coté.

Chaque année je perds des abeilles comme tous mes collègues. Je préfère que le peu de miel de qualité que j’arrive encore à produire profite à des gens qui font l’effort de favoriser un environnement sain, un bon développement de l’abeille.

Vous n’êtes bien entendu pas responsable personnellement, peut-être n’êtes vous même pas consciente de tout ça. Mais le petit rôle de chacun dans la grande machine fait qu’elle fonctionne.

J’ai depuis un moment délaissé votre monde pour en rejoindre un autre…

Je vous souhaite de prendre les décisions qui vous seront profitables. La réussite professionnelle, parfois, est inversement proportionnelle à la réussite personnelle.

Au revoir.

Collègues apiculteurs, je vous invite à quitter les rayons des grands magasins. Le jour ou nous ne polliniserons plus les champs pollués, ou le client ne trouvera plus de miel dans les rayons de la grande distribution, c’est que nous aurons su créer autre chose que ce qui existe aujourd’hui, et qui tue vos abeilles.
Il n’y aura pas de « grande distribution protectrice de la nature », cela n’existera que dans les encarts publicitaires. Si vous voulez un commerce éthique, il va falloir le créer.

Le modèle ne s’adaptera pas, il faut en changer, tout simplement…

Dessin de Pinel pour Marianne : « Grande distribution : comment j’ai tué les petits producteurs »