L’actualité des pesticides est très riche en ce moment. C’est l’occasion pour un large public de constater les vastes magouilles et autres manipulations politiciennes des firmes et de ceux qui gouvernent. Les deux exemples du moment : la fin des néonictinoïdes et celle du glyphosate, annulées et reportées, sont très parlants. Voyons à travers ces polémiques les jeux de pouvoirs et les mensonges des commerciaux de ces produits inutiles et mortifères, sur fond de lobbying et de conflit d’intérêts…

La fin des néonicotinoïdes… ou pas.

C’était une mesure phare de la loi biodiversité : l’interdiction totale des néonicotinoïdes, dont tout le monde (hormis ceux qui les vendent) admet désormais le rôle dans les mortalités des pollinisateurs (voir cet article pour s’en convaincre). La loi adoptée en 2017 devait nous débarrasser dès septembre 2018 de cette famille de pesticides, avec un délai dérogatoire jusqu’en 2020 pour les cas particuliers.
Mais ce que la loi fait, les lobby n’en ont pas pour longtemps à le défaire. Et ici, quelques mois auront suffit.

En effet, en septembre 2017, l’ANSES a délivré deux AMM pour l’utilisation de nouveaux pesticides contenants du Sulfoxaflor : Closer et Transform. Selon le producteur Dow Agro Science, ce ne sont pas des néonicotinoïdes… Mais selon les scientifiques et les industriels, qui le classent chimiquement dans cette catégorie, c’en est un! Et même la justice américaine est de cet avis, et a annulé pour cette raison l’autorisation de la molécule à la demande d’apiculteurs en 2015.

Pire encore, l’EFSA lui attribue la mention « Hautement toxique pour les abeilles ». L’ANSES a donné cette autorisation alors que les garanties de non toxicité sur les abeilles n’ont jamais été fournies par Dow Agro Science. On se demande pourquoi, à l’ANSES, de tels manques peuvent passer inaperçus… Et qui accepte, et en échange de quoi, des dossiers incomplets sur des questions si cruciales…

Le glyphosate, c’est fini… mais pas tout de suite.

Depuis quelques années, le pesticide le plus répandu sur le territoire fait polémique : condamnation du Round-up pour publicité mensongère en 2009, lien entre cancer et glyphosate connu par la firme Monsanto depuis les années 1980, présence du pesticide dans l’organisme d’une majorité de consommateurs, lien entre glyphosate et infertilité masculine… La liste est sans doute incomplète.

Depuis 1974, pourtant, il est encore et toujours vendu en grande surface comme n’importe quel produit de grande consommation, et continue de contaminer l’eau, l’air, et le sol français et planétaire presque sans restriction. La licence accordée par l’Europe au glyphosate prenait fin le 15 octobre 2017. Après cette date, sans renouvellement, c’était donc la fin pure et simple du produit en union européenne. 
Mais il n’a même pas été question de renouveler ou non le produit. La seule condition négociable aura été la durée de la nouvelle licence accordée, ce qui en dit long sur l’influence des firmes sur les députés européens. Le renouvellement pour 5 ans n’est donc pas une « victoire de la France » comme le claironnent écolos de tout poils et gouvernement français. C’est une défaite de plus, ce renouvellement n’étant pas conditionné à une fin future, et pouvant encore être renouvelé ad vitam aeternam.

L’argument des pro glyphosate est simple, pour ne pas dire simpliste : « on ne peut pas s’en passer ». C’est pourtant ce que font de nombreux agriculteurs, en bio ou en conventionnel, depuis des dizaines d’années. Et avec des performances économiques souvent bien meilleures que celles qui utilisent le glyphosate. Les agriculteurs des CIVAM travaillent depuis longtemps sur cette question (voir cet article pour en savoir plus).

La FNSEA et les firmes de la chimie vous diront que c’est impossible, mais les faits sont têtus. Rotations des cultures, techniques sans labours, mélanges d’espèces, couvertures végétales, désherbage mécanique, biocontrôle des ravageurs, produits alternatifs : les solutions sont multiples et ouvrent vers des horizons bien plus radieux que l’actuelle chimie et les suicides d’agriculteurs qui vont avec.
Pour finir de s’en convaincre, le CNRS et son centre de recherche à Chizé étudie sur le terrain avec des agriculteurs en réduisant ou éliminant l’utilisation des pesticides, notamment du glyphosate, sur 450 exploitations et 12 000 parcelles. Et la conclusion est sans appel : aucune réduction du rendement à l’hectare, et une augmentation des revenus, puisque les charges liées à l’achat et à l’utilisation des produits disparaît.

Alors, si la vente libre du glyphosate ne profite ni aux consommateurs, ni aux agriculteurs, à qui profite-t-elle? L’intérêt des vendeurs de chimie semble mieux représenté à Bruxelles que celui des peuples, ce n’est malheureusement plus un scoop…