Le nourrissement des colonies n’est jamais une chose souhaitée par l’apiculteur. En effet, au delà du coût que cela représente, il est évident pour tout le monde que le sucre fourni par l’homme sera moins digeste que le nectar prélevé par l’abeille dans l’environnement. Malgré tout, une large majorité d’apiculteurs nourrissent leurs abeilles artificiellement. Quelles en sont les raisons?

Il existe plusieurs cas dans lesquels l’apiculteur nourrira ses colonies :

  • Une famine temporaire : les abeilles ne trouvent pas de quoi se nourrir
  • L’apiculteur souhaite stimuler ses abeilles afin d’en retirer une meilleure production
  • L’apiculteur préfère donner du sucre et prélever un maximum de miel

Le sirop de stimulation ou en remplacement du miel peut se justifier économiquement, puisque l’apiculteur qui retire ses revenus de la production de ses abeilles doit avoir un objectif de rentabilité : l’apiculture est son métier, qui lui permet d’en retirer un salaire, et payer ses factures, manger, payer ses charges…etc… Mais pour qui n’a pas ces objectifs, ou souhaite être proche du fonctionnement naturel d’une colonie d’abeille, la seule bonne raison de donner du sucre sera la première : si les abeilles ne trouvent pas de quoi se nourrir dans la nature.

Certains professionnels se tiennent également uniquement à ce type de nourrissement, selon les méthodes choisies et le type d’exploitation dont on parle. Dans cette pratique, on bannira le sirop léger, sirop de stimulation, pour lui préférer un sirop lourd, ou le candi, donné selon les besoins des colonies.

La santé de l’abeille et le nectar

Le nectar est une source d’énergie sucrée, mais il contient également de nombreux autres ingrédients : acides aminés, protéines, lipides, vitamines, et antioxydants par exemple. Cette mixture riche en éléments divers permet à l’abeille de rester en bonne santé. Si on abuse du sucre, on risque de créer des carences chez les abeilles, et donc d’aménager sans le vouloir un terrain propice à certaines maladies : Noséma Apis, Noséma Ceranae, et même de très graves maladies comme les loques européennes et américaines. Ces maladies peuvent aboutir à la mort pure et simple de votre colonie!

Mais le nectar, source d’énergie de la colonie, n’est qu’une partie de l’alimentation de l’abeille. La seconde partie : le pollen, permet un apport de protéines. C’est celui qui va servir en priorité à la production de gelée royale pour nourrir la reine et le couvain. Un nourrissement trop conséquent au sucre, s’il y a absence de pollen dans l’environnement, va créer un déséquilibre dans votre colonie. Il est possible de donner des sirop et candi « protéinés » artificiellement, mais là encore, on retombe sur une qualité moindre du nourrissement par rapport à l’alimentation naturelle de l’abeille.

Schématiquement, on peut résumer cela comme suit : Sucre=ponte de la reine=besoins en pollen=carences alimentaires du couvain.

Quand nourrir?

Malgrè ces considérations, il est une évidence à côté de laquelle il est difficile de passer : l’environnement actuel n’est plus si mellifère qu’il y a quelques dizaines d’année, et on voit aujourd’hui des périodes de famine qui n’existaient pas à cette époque. Si l’on ajoute à cela un nombre grandissant de colonies sur certains secteurs, la problématique du nourrissement se pose à l’apiculteur. Il faudra donc nourrir selon certaines conditions, selon les besoins de vos colonies. Cela pourra varier selon votre région, votre type d’abeille, et bien entendu le climat de la saison!

Mais on pourrait résumer ainsi :

  • Les essaims artificiels ont souvent besoin d’être nourris (sirop lourd ou candi)
  • Si disette : il n’y a plus de miel dans les ruches et pas de miellée (sirop lourd ou candi)
  • Au début de l’automne : on vérifiera le poids des colonies et on nourrira en conséquence (sirop lourd uniquement)
  • A la fin de l’hiver : on vérifiera le poids des colonies et on nourrira en conséquence (candi uniquement)

Sorti de ces cas, le nourrissement devient un moyen de stimuler ou de remplacer du miel, et il n’est pas souhaitable pour la colonie. On veillera à récolter suffisamment tôt pour éviter tant que possible un apport de sirop à l’automne, que les abeilles hivernent au maximum sur du miel. Il est également possible de jouer sur la génétique afin de favoriser des reines qui gèrent au mieux leurs réserves.