La qualité de la cire reconditionnée industriellement est remise en question depuis longtemps par une partie des apiculteurs. Avec les soucis de construction en 2016 en France et Belgique, et les analyses alarmantes qui ont suivi (paraffine dans les cires, pesticides divers et variés…), de plus en plus d’apiculteurs souhaitent éviter les cires d’origine inconnue et fondent leurs propres lots. Pour aller encore plus loin, sachez qu’il existe diverses méthodes pour se passer à 100% de cire industrielle.

La simple amorce

La simple amorce est utilisée dans les ruches type Warré ou Kenyane. Mais elle est une solution possible en ruches à cadres. Une simple bande de cire d’un centimètre suffira à guider les cirières pour débuter leur travail. Attention cependant car le cadre sera très fragile, et demandera une manipulation tout en finesse. On fera attention à ce que l’amorce fasse la totalité de la longueur du cadre, sans quoi les constructions seraient chaotiques. Afin d’éviter la fragilité du cadre plusieurs solutions existent.

Le cadre renforcé

On pourra renforcer le cadre par un simple filage, mais dans ce cas la ruche devra être obligatoirement de niveau, sans quoi les abeilles délaisseraient le fil pour passer à côté. Une autre solution est le cadre à jambage, utilisé depuis très longtemps par les apiculteurs. En effet, si il revient à la mode aujourd’hui, ce type de cadre à renfort est déjà cité en 1847 par Debeauvoys dans son « Guide de l’apiculteur », soit il y a plus de 150 ans! Le jambage est souvent clouté en diagonale, mais on pourra préférer un jambage horizontal, et pousser même jusqu’à amorcer le cadre et le jambage pour de meilleurs résultats (mais ça n’a rien d’obligatoire). La taille maximale pour un jambage qui ne gêne pas les cirières sera d’un centimètre. Le soucis principal du jambage restera tout de même la manipulation durant la construction et les premiers cycles de couvain. Ensuite il se solidifie de lui même.

Jouer sur la taille des cadres

Pour des raison liées principalement à l’élevage, j’ai préféré passer de grands cadres Dadants à des cadres de hausses, en transvasant mes colonies en ruches Dadants divisibles. La construction à partir d’une simple amorce est facilitée par cette petite surface, ainsi que la solidité du cadre puisque les abeilles ont vite fait de construire en totalité ce petit cadre. C’est ma solution privilégiée aujourd’hui.

Fondre facilement sa cire

On peut facilement créer ses propres amorces. On fera fondre sa cire d’opercule dans un récipient de taille raisonnable, supérieure à la taille du cadre final souhaité. Un second récipient de même taille rempli d’eau froide sera placé à côté. En trempant alternativement un fine planche lisse (type contreplaqué fin) dans la cire chaude puis dans l’eau, et ainsi de suite, on obtiendra rapidement une feuille de cire, qu’il suffira ensuite de couper en fines bandes afin d’obtenir des amorces.

Se passer totalement de cire?

Pour les jusqu’au boutistes, il existe une technique simple pour se passer même de l’amorce de cire. Elle consiste à remplacer cette dernière par une fine planchette de bois de type « cagette ». Cette contrainte oblige les cirières à débuter la construction sur cette cagette. On pourra pour favoriser la prise la tremper dans la cire, mais ce n’est pas obligatoire.

Techniques professionnelles?

Ils sont encore peu nombreux, mais certains professionnels n’utilisent que des amorces depuis plusieurs années sur leurs exploitations. Si en conventionnel on voit moins l’intérêt, le coût et la qualité difficilement traçable des cires bios incitent les apiculteurs labellisés à l’autonomie. La cire était déjà depuis quelques années un « or jaune », à l’instar du miel. Avec les exigences de qualité qui émergent naturellement dans un contexte pour le moins inquiétant, la situation ne va pas s’arranger. Il vaut mieux donc produire de la cire que d’en consommer, et dans cette optique, ces solutions utilisées à différentes échelles sur les exploitations peuvent faire la différence.

Cet article a été rédigé originellement pour la revue « Abeilles et Cie », du CARI (Apiculture wallonne et bruxelloise).

Retrouvez mes articles dans les prochaines revues!