L’association Suisse « Free The Bees », se basant sur des recherches scientifiques sur l’abeille et ses parasites (particulièrement Varroa), a lancé en 2014 une initiative peu commune dans le milieu apicole : faire repeupler la nature d’abeilles à l’état sauvage.

Vous entendrez souvent des apiculteurs vous soutenir que les abeilles à l’état sauvage ne peuvent pas survivre, ou encore qu’elles sont des « nids à varroas ». Les expériences et études présentées par cette association semblent démontrer tout l’inverse, et leurs conclusions sont à rebours des discours habituels.

Ce que disent les études

Diverses expériences menées en Suisse, France, Angleterre et aux Etats-Unis en étudiant des colonies sans traitements donnent des conclusions similaires :

  • On assiste à des pertes conséquentes, mais une partie des colonies survivent
  • Les colonies essaiment plus souvent
  • Il y a systématiquement des souches plus tolérantes au varroa qui survivent

La plus grande expérience sur le sujet semble être celle de l’île de Gotland en Suède, sur laquelle 150 colonies sont restées six ans sans aucun soin de l’apiculteur, mais surveillées par des scientifiques sur les points suivants :

  • Les pertes hivernales : Elle sont passées de 76 % la première année à 15 % environ les cinquième et sixième années.
  • Le taux d’essaimage : Il augmente les premières années avant de se stabiliser au bout de 4 ans.
  • Le taux d’infestation varroa : Il augmente de la même manière, puis se stabilise avec le temps.

L’influence de l’apiculteur sur le varroa

Une étude de Thomas Seeley, réalisée de 1978 à 2002 sur une zone de forêt en Angleterre, consistait à un comptage assidu des colonies sauvages présente chaque année sur un territoire donné. Le nombre de colonies sauvages de cet espace n’a pas été modifié malgré l’arrivée de Varroa au cours des années 1980.

Durant la même période, les colonies domestiquées exploitées par les apiculteurs ont subis de graves mortalités autour de cet espace. L’étude des deux populations d’abeilles n’ayant pas laissé percevoir de différence notable, le Dr Seeley avance l’hypothèse que ce serait le varroa présent dans les colonies domestiques qui serait plus virulent que le varroa dans les colonies à l’état de nature.

En effet, chaque traitement effectué sur les colonies d’abeilles domestiques sélectionnerait inévitablement les varroas les plus résistants, en éliminant les plus faibles. Au fil du temps, nous créons un varroa plus nocif pour nos abeilles.

Des abeilles tolérantes à varroa?

Des expériences dans ce sens existent : John Kefuss en France, le projet Arista bee en Belgique et en France, ou encore Jeffrey Harris aux USA… Ils sélectionnent les reines sur des caractères hygiéniques, recherchant une abeille résistante à varroa.

Malgré des résultats parfois encourageants, la reproduction de ces reines est très complexe et coûteuse, et à ce jour ce caractère se perd dès la seconde génération.

Il semble donc que la solution ne soit pas là sur le long terme. « Free the bees » propose donc une autre voie.

Le retour à une sélection naturelle

Selon les scientifiques de cette association, seule la sélection naturelle peut à ce jour rendre les abeilles domestiques plus tolérantes à Varroa. S’il est simple pour des amateurs de cesser tout traitement, de laisser les abeilles essaimer et voir mourir les plus faibles, pour les professionnels tirant un revenu de l’abeille, c’est difficilement envisageable.

Car l’essaimage naturel est impossible à gérer sur des ruchers multiples, la production de miel est liée également à l’absence d’essaimage, et les pertes de 75 % du cheptel, même sur une seule année, est économiquement impensable.

Ce sont pourtant les plus gros possesseurs de ruches, et sans eux, difficile d’agir efficacement sur le long terme.

L’association « Free the bees » propose donc une autre voie, qui permettrait un retour partiel des abeilles à la nature, une sélection naturelle pour la rendre plus tolérante à varroa, tout en gardant une production de miel qui fasse tourner une exploitation.

Le procédé est de proposer aux apiculteurs professionnels de continuer leur production comme ils le font, mais de laisser un pourcentage de leur cheptel à l’état sauvage, sans aucune intervention. L’idéal serait de 20 % des colonies laissées à l’état naturel par l’apiculteur. Il peut s’agir de colonies qui s’ajoutent au cheptel existant, ou une partie du cheptel de l’apiculteur.

Le but serait de mailler le territoire de ces abeilles rendues à l’état sauvage, comme le font de nombreux apiculteurs de loisir, tout en impliquant les apiculteurs dans cette démarche : une porte d’entrée dans le monde des « abeilles en liberté », avec un label qui permettrait au consommateur d’identifier les apiculteurs investis dans la démarche.

Ou en est-on?

Début 2019, le label commence à émerger, et quatre apiculteurs testent le cahier des charges dans les pays du sud de l’Europe. Il semble donc se mettre en place, impliquant à la fois une remise à l’état sauvage d’une partie des colonies, et une gestion « respectueuse » du cheptel qui reste en production. Un beau projet à suivre dans les années à venir.

Pour en savoir plus sur cette association : https://freethebees.ch/fr/