De plus en plus d’apiculteurs souhaitent cesser de traiter leurs colonies contre le Varroa, ce petit acarien qui peut s’avérer dévastateur pour la colonie d’abeilles. Ne pas traiter, pourquoi pas, mais il faut respecter quelques règles pour ne pas simplement envoyer ses abeilles à une mort certaine.

Le contexte

Il est illusoire de vouloir retirer une récolte régulière et conséquente d’une colonie non traitée. Il vous faudra donc accepter de laisser vos abeilles tranquilles, de passer à côté du miel certaines années (voir toutes selon la ruche choisie), et de perdre un essaim dans la nature si vous êtes absents lors de l’essaimage. Pourquoi? Car si une colonie à l’état sauvage peut se défendre de Varroa, cela devient très compliqué dès qu’elle est exploitée par l’homme. En effet, le contexte de la colonie sauvage implique plusieurs facteurs déterminants qui lui permettent de se défendre.

Facteurs clés

La température : Une colonie sauvage va réguler en permanence la température de son habitat. La température idéale de la colonie est d’environ 35 degrés. La température idéale pour un bon développement de Varroa se situe en revanche autour de 32 degrés. Dès qu’on ouvre une ruche, on fait baisser la température de la colonie, qui mettra 48 heures à reprendre sa chaleur idéale. Pendant ce temps, on favorisera le développement de la population du parasite. Pour ne pas traiter, il faudra donc accepter de ne pas ouvrir l’habitat de la colonie. On choisira également dans ce cas un modèle de ruche dont le volume faible sera facile à chauffer.

L’isolement : Le Varroa, comme d’autres espèces, aura une meilleure sélection génétique avec un apport de souches extérieures. Cela évitera une consanguinité qui pourrait le rendre moins performant. Lorsque l’on a un rucher dense avec de nombreuses colonies, on favorisera les échanges de parasites entre les ruches, grâce à la dérive des abeilles d’une ruche à l’autre. Cet apport génétique renforcera Varroa. Il en est de même lorsque l’on transfère du couvain d’une ruche à une autre. Il faudra donc veiller à ne pas avoir trop de colonies à un même endroit, et s’interdire les transferts de l’une à l’autre.

Favoriser les souches résistantes : Des colonies sauvages résistent à Varroa depuis parfois cinq ou dix ans. Aucune colonie d’exploitation ne peut y prétendre. Les traitements et changements de reines empêchent toute mise en place de résistance sur le long terme. Favorisez donc le piégeage d’un essaim sauvage, plutôt que d’acheter un essaim dans le commerce, ou pire, une reine importée qui sera une proie facile pour Varroa.

Ne pas récolter, éviter de nourrir : Le miel est bien entendu une nourriture plus adaptée à l’abeille que le sucre. Si vous souhaitez ne plus traiter, il vous faudra des abeilles en bonne santé, ne récoltez pas, laissez leur le miel, et évitez au maximum de nourrir au sirop.

L’essaimage : le meilleur traitement!

Tout ces éléments importent, mais par dessus tous les autres, si vous souhaitez ne pas avoir à traiter vos colonies : Laissez les essaimer de manière naturelle. C’est une des meilleures défenses que l’abeille puisse utiliser contre Varroa. En effet, lorsque l’essaim quitte la ruche, il se passera trois semaines sans couvain au sein de la colonie. Le Varroa se reproduisant dans le couvain, c’est un coup d’arrêt naturel à son développement.

Ce vide sanitaire créé de manière naturelle est une des meilleures armes de la colonie contre Varroa. Hors, c’est également la bête noire de l’apiculteur. Un essaimage signifie la perte d’une reine, d’une récolte, d’un essaim. On favorisera le couvain pour produire, ce qui induit mécaniquement le développement du parasite qui s’en sert pour se reproduire. C’est pour cette raison que le traitement est rendu obligatoire pour l’apiculteur qui veut retirer une récolte de ses colonies.

Il semble donc que le seul moyen de donner ses chances à une colonie de s’en sortir sans traitements soit de la laisser à l’état le plus naturel possible. Il n’y a pas vraiment d’entre deux possible, car une exploitation même minimale de la colonie l’affaiblirait et la rendrait sensible à Varroa.

Selon moi, il faut choisir son apiculture. Soit une apiculture d’observateur, sans intervention sur la colonie ; soit une apiculture d’exploitant, interventionniste, qui permet une récolte, mais qui impliquera un traitement contre Varroa.

Précautions

Quoi qu’il en soit, si vous décidez de ne plus traiter, surveillez la colonie, procédez à des comptages quand c’est possible, et obligatoirement si c’est une ruche d’exploitation (c’est à dire si vous souhaitez produire essaims et miel avec). Il existe des ruches qu’on ne visite pas et qui s’apparentent plus à des nichoirs qu’à les ruches : ruches troncs, ruches en paille, en terre, en osier… Il existe également des compromis avec certaines Warrés, ou la ruche Kenyane, ou une récolte minimale peut être effectuée, ainsi que des contrôles par comptages et éventuellement un traitement si besoin.