Vaste sujet que le nourrissement. A quel moment estime-t-on en voir vraiment besoin? Quel sirop choisir? Comment faire son propre sirop? Pourquoi ne pas nourrir avec du miel? Cette liste n’est pas exhaustive. Je vais tenter de répondre autant que possible à ces questions, ou au moins de donner des pistes.

Les sirops

On peut partir de cette évidence : le sirop n’est pas l’aliment naturel de l’abeille. Malgré tous les efforts possibles pour s’en approcher, le miel est un produit complexe qui ne peut pas être reproduit par l’homme. Partant de ce constat, pour obtenir des abeilles en bonne santé, mieux vaut ne pas avoir à nourrir trop souvent avec du sirop.

Malheureusement, si il y a 50 ans on trouvait des abeilles domestiques dans la nature qui s’en sortaient très bien sans apport de sirop, la situation actuelle est bien différente. L’environnement a radicalement changé depuis les années 1970, et les ressources, en quantité et en qualité se sont énormément réduites (moins de haies, baisse de biodiversité, parcelles en monocluture, présence de pesticides…etc…). Il vous faudra donc parfois nourrir vos colonies, ou à défaut les laisser mourir de faim. Par contre, vous pouvez jouer sur certains facteurs pour avoir à nourrir le moins possible, voir pas du tout.

Comment moins nourrir?

L’abeille, c’est compliqué. Et l’environnement, c’est compliqué également. Et comme l’abeille dépend de son environnement, le travail de l’apiculteur est deux fois plus compliqué ! Pour éviter autant que possible le nourrissement, ce n’est pas simple, il va falloir jouer sur plusieurs paramètres.

L’emplacement

Les ressources disponibles sont évidemment une des clés pour ne pas avoir à compléter la nourriture de vos colonies. Soyez attentif à l’environnement autour de votre rucher. Listez rapidement ce qui va pouvoir les nourrir dans un rayon d’un kilomètre autour, et jusqu’à trois kilomètres si besoin. N’hésitez pas à utiliser des outils comme Google Earth ou le Géoportail pour vous faire une idée de ce qui sera disponible. Géoportail vous donnera ce qui a été cultivé sur les parcelles autour de votre rucher sur 5 ans en arrière.

La santé de la colonie

Il est évident qu’une colonie malade ne sera pas assez productive pour subvenir à ses besoins. Soignez-là au plus vite, ou éliminez-là si besoin. Vous pouvez vous reporter à cette page pour plus d’informations : Les maladies du couvain.

La reine

Il vous faut une bonne reine. L’apport de sirop en cours de saison peut être proscrit, sauf mauvais temps exceptionnel, creux de miellée ou création d’essaims. Si votre colonie n’engrange pas assez de miel pour tenir l’hiver, elle devra être éliminée, cette souche n’est pas à garder. La sélection est un moyen très puissant pour limiter le nourrissement, si vous avez des colonies qui engrangent du miel en grande quantité pour l’hiver, et qui ont un bon cycle de ponte, elle sauront gérer leurs ressources. Des reines rustiques seront peut-être plus fiables sur ce point.

La récolte de miel

La colonie n’aura pas le temps de récolter assez de miel pour l’hiver si vous récoltez trop tardivement. Ce paramètre peu varier selon l’environnement direct du rucher, il vous faudra étudier la question. En sédentaire, dans le sud de la manche, pour exemple, la récolte se fera fin juillet, début août. Au delà on devra compléter pour l’hiver en trop grande quantité.

Choisir son sirop

Vous pouvez acheter votre sirop, ou le bricoler vous même. Favorisez les sucres simples, issues de la betterave ou de la canne à sucre, assimilables plus facilement pour l’abeille. Faire soi-même son sirop est plus économique, mais plus coûteux en temps de travail. Mais puisqu’on tend ici à nourrir le moins possible, on peut relativiser le temps passé!

Recette de sirop

Il vous faudra tout simplement du sucre et de l’eau. Pour un nourrissement d’automne (compléter le miel pour l’hivernage de la colonie), 2 kg de sucre pour un litre d’eau. En nourrissement de stimulation (faire construire de la cire à un essaim, nourrir en pleine saison…), 1 kg de sucre pour 1 litre d’eau.

L’eau chaude du robinet est suffisante en température, ajouter le sucre petit à petit en remuant en permanence… Le sirop est prêt. Il vous faudra du sucre raffiné, type sucre blanc, les autres types de sucres (roux, blond…) sont trop riches et la colonie ne le supporterait pas (j’en ai fait les frais!).

Dans ce sirop, vous pouvez ajouter des ingrédients pour des raisons diverses.

Les additifs

J’utilise pour le moment très peu d’additifs (uniquement vinaigre et thym), mais d’autres apiculteurs en sont friands. Je vous livre ici mes recherches sur la question :

  • Le vinaigre de cidre : Ne sert pas à invertir le sucre comme on le lit parfois, mais peut être efficace pour acidifier le sirop et retarder sa fermentation. Il semble qu’il soit également efficace pour prévenir ou soigner la Nosémose (voir ici cette maladie en détails). Une cuillère à soupe par litre de sirop environ.
  • Le thym : Il semble être efficace pour faciliter l’assimilation du sirop par l’abeille. En infusion dans l’eau chaude qui servira au sirop.
  • Argent colloïdal : Permet de lutter contre les virus, les bactéries, les champignons. Prévention des maladies du couvain.
  • Oligo-éléments : Neutralisent les radicaux libres, et comblent un manque de variété de pollen.
  • Levure de bière : Apport de protéines pour la colonie.
  • La propolis : Des apiculteurs argentins disent avoir traité le Varroa et la loque américaine de cette manière. En ajoutant de la propolis au sirop, ils auraient constaté que leurs abeilles étaient moins gênées par le Varroa, et soigné la loque américaine (source ici, la fiabilité n’est pas garantie…).

Homéopathie

Le sirop est également une manière d’administrer de l’homéopathie aux abeilles. Pour les doses et les différentes applications de l’homéopathie en apiculture, voir cette page : L’homéopathie apicole.

Nourrir au miel

Nourrir au miel reste évidemment l’idéal. Mais c’est très difficile à mettre en place. Il m’est arrivé de garder quelques cadres de hausse après la récolte, les mettre de côté pour le nourrissement. Mais la récolte se faisant fin juillet, et le nourrissement fin septembre, voir octobre, il est très difficile de prévoir le nombre de cadres à mettre de côté (j’ai noté un très bon hivernage cette année-là cela dit). Plus on augmente le nombre de ruches, plus l’exercice est compliqué, c’est quasiment impossible pour un professionnel. Le miel ayant cristallisé au moment du nourrissement, il est également complexe (mais pas impossible) de le donner après extraction.

Doser le complément

Pour survivre à l’hiver, la ruche à besoin de 4 à 5 pleins cadres de miel, soit environ 12 à 18 kilos (10 kilos pour une ruchette). Si vous ajoutez le poids de la ruche, des abeilles et de la cire, vous obtenez entre 30 et 35 kg.

Vous n’avez peut-être pas le matériel pour peser. Un moyen simple existe, pratiqué par de nombreux apiculteurs, mais moins fiable : si vous parvenez à soulever l’arrière de la ruche à une main (sans forcer) c’est trop léger ; sinon ne nourrissez pas.

Si vous avez un doute, mieux vaut un peu plus qu’un peu moins. Une ruche nourrie en automne ne doit pas être touchée jusqu’au printemps! Si vous avez bien nourrit, oubliez le Candy : on ne gêne pas les abeilles l’hiver!