La colonie d’abeilles est une formidable mécanique bien huilée, mais elle n’est pas exempte d’agresseurs. De plus en plus, les maladies du couvain se développent dans les ruchers, il est très important de les connaître et de savoir quelle réponse y donner. Cette page ne traite pas tous les problèmes, mais tente de faire le tour des plus fréquents : Loque américaine, loque européenne, mycose, varroa, nosémose, aethina tumida, fausse teigne et frelon asiatique.

couvain en mosaïque

Il est important de se soucier des maladies pour plusieurs raisons. La première est tout simplement liée à la durabilité de votre colonie. Si vous n’y prêtez pas attention, vos visites de printemps risquent de ressembler à une hécatombe… Une colonie malade ne meurt pas forcément dans l’année, mais sa faiblesse sera fatale durant l’hivernage. Deuxièmement, si vous laissez se développer des maladies, vous risquez de contaminer vos voisins apiculteurs, ce qui risque de compromettre vos relations... Il faut savoir que dans le cas de la loque américaine, les spores sont transportés aussi par les mâles, qui font pour la fécondation jusqu’à 12 kilomètres, puis 12 encore pour retrouver une autre ruche. Vous risquez donc de contaminer tous les collègues à 24 kilomètres à la ronde.

Ces pages sont donc là pour tenter de vous donner une approche des maladies courantes, et si possible une démarche pour assainir la colonie. D’une manière générale, on peut noter que plusieurs expériences ont démontrés l’inutilité totale des antibiotiques sur les abeilles, d’ailleurs interdits sur le territoire français. La plupart des maladies du couvain étant inconnues parce que très peu étudiées, il faut faire avec le peu de connaissances que nous avons, et l’expérience de nos prédécesseurs.

Je ne parle pas dans cette page de l’homéopathie, traitée ici. Ni des huiles essentielles, qui ont une page dédiée.

La loque américaine

C’est quoi?

Une des maladies les plus redoutées des apiculteurs (avec le varroa). C’est une bactérie, Paenibacillus larvae, qui s’attaque aux larves de votre couvain.

Les Symptômes

Le couvain est en « mosaïque ». C’est à dire qu’il est mal rangé, irrégulier, les différents stades (oeuf, larve, couvain operculé, couvain né) se retrouvent sans logique dans le cadre.

Le couvain operculé est creusé, contrairement au couvain sain qui est bombé. Percez ces cellules pour vérifier l’état des larves.

Les larves sont brunes, puis virant jusqu’au noir. Elles sont en bouillie, ne se tiennent pas. Pour vérifier qu’il s’agit bien de la loque américaine, plongez une petite branche ou une allumette dans l’opercule, puis retirez la doucement. Si la larve est élastique et que vous obtenez un fil qui s’étend : aucun doute, c’est de la loque américaine.

Que faire?

Vous avez deux solutions :

  • Double transvasement : Transvasez votre colonie dans une nouvelle ruche (désinfectée à la flamme bien sûr), sur des cadres neufs. Ne gardez aucun cadre de l’ancienne ruche. Nourrissez la ruche, et gardez là deux nuit en cave. Surveillez là ensuite régulièrement, cette technique n’est pas fiable à 100%. Les spores le loque sont aussi présents sur les abeilles! Par la suite, il vous faudra renouveler la reine, tuez là, et insérez un cadre d’une ruche saine. Vous pouvez également introduire une reine de votre élevage (voir ici). Brûlez les cadres infectés, c’est à dire tous les cadres de la ruche. Désinfectez à la flamme la ruche et tout ses éléments.
  • Supprimez la colonie : Fermez la ruche, puis faîtes brûler une mèche de souffre dedans pour éliminer la colonie. Brûlez ensuite tous les cadres, et désinfectez votre ruche et tout ses éléments. Cette solution est très radicale, mais c’est également la plus fiable. Ne sous estimez pas cette maladie, elle peut se répandre très rapidement dans votre rucher et celui des autres!

En prévention

Gardez toujours un oeil sur vos reines, elles doivent être de bonnes nettoyeuses. Leur comportement hygiénique est très important. Renouvelez une reine si elle donne une ruche au plancher sale, du couvain trop mosaïque ou si la colonie est faible.

Durant la visite de printemps, observez bien le couvain, ne passez pas à côté d’une loque américaine, le risque de contagion est trop fort.

La loque européenne

C’est quoi?

Elle est moins redoutable que la loque américaine, mais doit être traitée également rapidement pour ne pas se propager. C’est une bactérie également, Mellissococcus pluton, qui s’attaque aux larves de votre couvain.

Les Symptômes

La ruche est faible, il y a peu d’activité.

Le couvain est en « mosaïque », certains opercules peuvent êtres creux, comme pour la loque américaine.

Les larves sont brunes, gluantes, en « bouillie ». Faîtes le même test de l’allumette que pour la loque américaine, s’il n’y a pas de fil, que la larve n’est pas élastique, c’est une loque européenne.

Que faire?

  • Détruisez les cadres infectés en les brûlant. Faîtes le tour de tout le couvain, ne passez pas à côté d’un cadre infecté.
  • Renouvelez la reine, choisissez une souche nettoyeuse et forte.

En prévention

Le manque de protéines est déterminant dans le développement de la loque européenne. Si le printemps ne s’y prête pas, ne récoltez pas de pollen, cela favoriserait la maladie.

Avoir des colonies fortes et bien nourries. Ne récoltez pas trop tard votre miel d’été, que la colonie ait le temps de faire de bonnes provisions hivernales. A défaut, s’il vous faut nourrir, donnez une bonne dose lors du nourrissement d’automne.

L’ascosphérose (ou Mycose)

C’est quoi?

C’est une mycose. Un champignon qui se développe et colonise le couvain. Ce n’est pas une maladie grave, mais il faut la traiter pour ne pas perdre la colonie.

Les Symptômes

Les larves sont sèches, on dit qu’on trouve du « couvain plâtré ». C’est à dire que les larves sont blanches ou jaunâtres, sèches, au fond des cellules.

Que faire?

Si la ruche est dans un lieu humide, peu aéré, déplacez là. Ces conditions sont idéales pour le développement de la mycose.

Si la mycose persiste, renouvelez la reine.

En prévention

Choisissez des ruchers qui ne soient pas trop humides, vous pouvez également opter pour des planchers aérés, afin de favoriser l’évacuation de l’humidité.

Pensez à pencher légèrement votre ruche vers l’avant, cela favorise l’évacuation naturelle de la condensation.

Le varroa

C’est quoi?

Le problème principal de l’apiculteur. Il est le seul parasite à imposer un traitement à une large majorité d’apiculteurs. C’est un acarien qui se développe dans le couvain operculé et qui se nourrit de l’hémolymphe (le sang) des abeilles. Il peut également transmettre des virus à la colonie. Il est arrivé dans les années 1980 en France, notre abeille n’a donc pas eut le temps de s’adapter à ce prédateur nouveau.

Les Symptômes

On voit les varroas sur les abeilles, certaines ont les ailes atrophiées par un virus transmit par les varroas. La colonie est faible voire très faible.

Que faire?

Le principe concernant le varroa est particulier : si vous le voyez, il est déjà presque trop tard… Il existe des traitements flash à faire en cas d’infestation trop grande, mais il est préférable de maintenir la population de varroas sous le seuil critique qui infesterait la colonie. C’est donc plutôt les traitements préventifs qu’il faut voir! En prévention

Plusieurs traitements existent, tous agressifs envers la colonie. Il faut les utiliser avec parcimonie et faire très attention aux dosages. Dans la majorité des cas, ils s’utilisent en fin d’été après récolte, ou en automne, voir l’hiver en période hors couvain. Plus rarement, on les utilisera au début du printemps. Dans tous les cas, un protocole strict sera à respecter, renseignez vous bien avant de vous lancer! Pour connaitre la liste des traitements autorisés contre varroa, consultez le site de la FNOSAD.

Traiter les essaims : Dans tous les cas, le varroa se développe dans le couvain operculé. Donc en cas d’infestation ou de doute sur une pression trop forte, il est conseillé de traiter les nouveaux essaims. Entre la naissance de couvain et la ponte de la nouvelle reine, il y a une période sans couvain. C’est à ce moment que le traitement sera le plus efficace, puisque les varroas ne peuvent pas se « cacher » dans le couvain operculé.

La nosémose

C’est quoi?

La nosémose est un parasite, le Nosema apis. Il se développe dans l’appareil digestif de l’abeille et provoque l’équivalent d’une diarrhée. Il peut affaiblir et venir à bout d’une colonie entière.

Les Symptômes

Les cadres, la planche d’envol et parfois la façade de la ruche sont sales, souillés des déjections des abeilles.

La ruche est très faible, les abeilles sont lentes, se déplacent difficilement, peinent à voler.

Que faire?

L’acide acétique est connu pour lutter efficacement contre la nosémose, mais les traitements divergent selon les apiculteurs. Le vinaigre dans le sirop est réputé pour son effet sur la nosémose, mais aucune étude ne le démontre clairement.

En prévention

Pour prévenir l’apparition de la nosémose, on peut ajouter au sirop de nourrissement d’automne un peu de vinaigre de cidre, et mettre un peu de thym à infuser dans l’eau chaude avant de la mélanger au sucre.

Aethina Tumida

C’est quoi?

C’est un petit coléoptère, qui utilise la ruche pour se reproduire. Il pond ses œufs sur les cadres de pollen ou des détritus au fond de la ruche. L’éclosion de ces oeufs intervient 36 à 48 heures après la ponte. La chenille se nourrit de pollen et migre au bout de 2 semaines à l’extérieur de la ruche pour s’enfoncer dans le sol à environ 5 cm et y effectuer sa nymphose. On peut compter jusqu’à 5 cycles annuels. Il peut détruire une colonie en quelques semaines.

Il n’existe pas encore sur le sol français. Il est originaire d’Afrique du sud, puis apparaît en 1996 en Amérique du nord. Depuis, il est présent en Australie et au Canada, et on redoute sa présence au Portugal. Principalement, ce sont les importation d’abeilles, de cire ou de fruits qui sont la cause de cette propagation.

Les Symptômes

Les cadres sont infestés de larves, complètement détruit et pillés par les larves.

Que faire?

Il n’existe aucun traitement efficace autorisé à ce jour en France. Certains prétendent que le Coumaphos serait efficace, mais ce produit est interdit depuis plusieurs années. On peut aussi piéger le coléoptère avec des pièges remplis d’huile, de vinaigre de cidre ou de bière.

En prévention

Ce coléoptère voyage avec la cire, les abeilles, et reines… Évitez l’importation de ces produits! En agriculture biologique, préférez fondre vos cires plutôt que d’importer d’Asie ou d’Afrique! Certains magasins proposent maintenant la fonte à partir de 80 kilos.

La fausse teigne

C’est quoi?

La fausse teigne est un papillon. Il pond ses oeufs dans la ruche, et la chenille se nourrit de pollen et de cire, ce qui détruit les cadres.

Les Symptômes

Les cadres sont détruits, on voit des cocons sur les cadres, du fil type « toile d’araignée » blanc sur la cire. On voit la chenille dans la ruche.

Que faire?

Une ruche forte se défendra seule de la fausse teigne, inutile de traiter. Il faut donc avoir des colonies fortes, avec des reines nettoyeuses.

Le frelon asiatique

C’est quoi?

Le frelon asiatique, Vespa Vélutina, est une grosse guèpe, comme notre frelon commun. Il est originaire d’Asie continentale et on le trouve jusqu’au nord de l’Inde et dans les montagnes de Chine. Ces zones on un climat comparable à celui de la France, ce qui explique son installation et la colonisation de nouveaux territoires en Europe. Il a été introduit en 2004 environ via des importations par bateau.

Symptômes

Il attaque les ruches faibles, surtout à l’automne quand la colonie baisse en nombre pour préparer l’hivernage. Il cherche les protéines, et dévore le thorax des abeilles. Il fait un vol stationnaire devant la ruche, attrapant les abeilles qui passent pour se nourrir. Lorsque la colonie est très affaiblie, il peut rentrer dans la ruche.

En prévention

Peut de choses à faire pour lutter contre une attaque, la prévention est la seule arme de l’apiculteur. On peut disposer des pièges dans le rucher. Il ne faut pas utiliser de produit sucré, qui attire également le frelon commun et autres butineurs utiles. Le frelon asiatique recherchant les protéines, un poisson type sardine fait parfaitement l’affaire.

Certains apiculteurs affirment que laisser des herbes hautes devant la ruche est très gênant pour le vol stationnaire du frelon asiatique, ce qui permet de limiter les attaques.

Une colonie forte est la meilleure solution

Dans tous les cas, votre meilleure arme contre toutes les maladie c’est une bonne reine. Veillez à remplacer une mauvaise reine. Si la colonie nettoie mal, si la ponte est en mosaïque, si elle pond trop peu et couvre peu de cadres : remplacez la reine. Si vous avez des colonies fortes, et des reines bien sélectionnées, vous serez plus à l’abris de ces maladies.

Il faut savoir aussi qu’il existe de plus en plus de preuves scientifiques établissant une relation entre présence de pesticides dans la ruche et développement des maladies. L’INRA a notamment travaillé sur le sujet (voir ici), et l’ONIRIS de Nantes prépare une étude plus large sur le sujet (voir ici). Choisissez donc vos emplacements judicieusement, en exposant le moins possible vos colonies à ces éventuelles agressions chimiques.

[Cette page est largement inspirée des cours de Jean-Maurice Cantin, que vous trouverez sur le site Apiservices, et du livre « L’ABC du rucher BIO » de Rémy Bacher chez Terre vivante, avec de nombreux ajouts personnels]