Le 15 décembre 2011, avait lieu à Caen (université, campus 1) une conférence de Gilles GROSMOND, Dr Vétérinaire spécialisé en phytothérapie. Il a exposé le fruit de quelques années de recherche. Je vous livre mon compte rendu, mais restez conscient qu’aucune recette magique n’existe à ce jour pour régler l’épineux problème de la survie des abeilles. L’expérience reste, encore et encore, la seule maîtresse dans ce domaine. Si ces techniques valent d’être testées, ne les prenez pas pour la parole sainte. (Mes remarques seront en italique et entre parenthèses)

En introduction, Gilles Grosmond précise sa définition des méthode alternatives : « comment faire équipe avec le vivant, l’utiliser à bon escient sans chercher à le modifier ou le contrôler. »

Ceci reprend donc le principe de la permaculture (voir ici).

Choisir son type de ruche

De multiples modèles existent (Dadant, Warré, Langstroth, ruche cylindrique…) . Aucun choix ne vaut pour toutes les situations. En revanche, on peut définir ses besoins, ou plutôt les besoins de la colonie, selon quelques critères.

Choisir en fonction de la taille. L’hygiène de la ruche dépend en partie de l’occupation de celle ci. En effet, les abeilles nettoient en permanence les cadres. Si elles ne sont pas présentes partout, des germes extérieurs à la colonie se développent, qui viennent modifier la flore intestinale de l’abeille, et l’affaiblir. Si vous avez de belles colonies, populeuses, optez pour une ruche grand modèle (type Dadant, la plus grande). Au contraire, si vos abeilles ne couvrent pas la totalité, cela peut causer des soucis de nettoyage, et donc affaiblir la ruche. Il faudra dans ce cas opter pour un modèle plus petit (la Warré étant la plus petite, des intermédiaires existent)

Dans un habitat naturel, on constate que les colonies choisissent souvent un site cylindrique (reste à savoir si c’est un choix délibéré ou un état de fait : les arbres sont ronds et non carrés….) agrémenté d’une sortie d’air en haut et en bas. Il est surprenant qu’aucun modèle de ruche officiel ne simule ce type d’aérations. On connait les planchers grillagés, mais jamais de toiture aérée, l’air ne circule donc pas. (je vais tenté de bricoler un toit aéré, refermable en hiver)

Sur la qualité des cires, c’est un gros dossier. Les cires du commerce contiennent de nombreuses molécules accumulées par les colonies au fil du temps. Parmis ces molécules, des pesticides, fongicides, acide formique et oxalyque…etc… Si certaines études tendent à minimiser l’influence de ces molécules sur l’abeille adulte, rien n’est dit sur le couvain. Gilles Grosmond fait un parallèle avec la consommation d’alcool chez l’homme. Si pour un individu lambda l’alcool est inoffensif à petites doses, nous savons que chez l’enfant et le foetus, les dégâts peuvent êtres considérables. De même, le couvain en « gestation » est beaucoup plus sensible aux molécules de son environnement, et cela aura une influence sur son développement. (Je projette depuis un moment d’éliminer les plaques de cire gaufrée, et opter pour une simple amorce d’un centimètre. Des sources affirment que cela minimise les risques, et peut avoir l’avantage de « booster » la colonie au printemps)

L’odorat chez l’abeille

C’est le sens principal chez l’abeille. Il lui sert de mode de communication, de repère dans l’espace, il est particulièrement utilisé et donc développé. Différentes glandes sécrètent des odeurs aux rôles définis. Une odeur marque les plantes selon les espèces, afin de signaler aux butineuses l’utilité ou l’inutilité de venir butiner telle ou telle fleur. Elles battent le rappel avec un autre odeur, diffusée afin de signaler en cas de désordre ou est la reine et la colonie. C’est également une odeur qui signale une alarme dans le cas d’un danger quelconque. Dans la communication, c’est encore via une odeur que les butineuses, selon les besoins, signalent aux abeilles réceptrice à l’entrée de la ruche qu’elles doivent devenir butineuses, selon les besoins et les ressources disponibles. Les larves de 7 à 9 jours émettent une odeur afin de signaler que le moment de l’operculation est venu. Détail d’importance dans le travail de Gilles Grosmond, puisque le Varroa se sert de cette odeur afin de s’installer dans le couvain juste avant l’operculation, ou il se reproduira.

Sur le sujet, savoir que la propolis, très utilisée par les abeilles, a la propriété de garder ou émettre une odeur pendant plusieurs années (c’est cette odeur qu’on sent sur des veilles ruches, qui persiste après des années à l’abandon) Garder à l’esprit enfin qu’une odeur forte peut agacer une colonie (parfum, colorant…etc…)

Partant de ce constat, on comprend l’influence néfaste que peuvent avoir des interventions qui paraissent anodine ou nécessaires.

  • la simple utilisation abusive de l’en-fumoir, qui va brouiller les odeurs de la colonie (en l’occurrence, j’ai l’impression que c’est le but recherché dans ce cas…)
  • L’acide Formique et Oxalyque. On constate en insérant ces produits qu’ils sèment le désordre dans la ruche.
  • Le Thymol. Contrairement à une idée répandue, c’est une molécule de synthèse, et non naturelle. Il s’avère qu’il peut être néfaste pour les abeilles.
  • Les pesticides. Bien évidemment, en plus de brouiller les odeurs existantes, il peuvent de surcroît détruire les organes de perception.

Concernant l’acide formique, Gilles Grosmond signale l’existence d’huiles essentielles pouvant modérer l’impact sur la colonie (Je signale que je n’ai pas testé la chose. Gilles Grosmond ayant travaillé pour l’entreprise commercialisant ces Huiles : Le comptoir des plantes médicinales, prendre avec précaution les affirmations relatives à ces produits. Je testerais moi même à l’avenir)

Ondes électro magnétiques

Les ondes électro magnétiques ont une grande influence sur les abeilles. Elles les utilisent pour se repérer dans l’espace, pour communiquer, elles y sont extrêmement sensible. Or, les activités humaines sont de plus en plus polluantes en ce domaine. Pour exemple, la fréquence utilisée par les abeilles pendant leur danse (voir ici) se situe entre 180 et 250 Hz (découverte datant de 1974, par les chercheurs russes Eskov et Sapozhnikov). La fréquence d’un téléphone GSM est de 217 Hz. Sachant qu’il y a sur la planète 6 milliards de téléphones portables, (dont plus de 64 Millions rien qu’en France) et qu’il y a de fortes chances pour qu’elles « entendent » simultanément une bonne partie de ces communications ou échanges de données, on imagine les dégâts possibles.

Voir sur le sujet l’expérience de l’université de Landau (Allemagne), et les travaux de la généticienne Mae-WAN-Ho. (EDITION Juin 2019 : Après plusieurs recherches, même si nous savons que ces fréquences sont utilisées par les abeilles, aucune étude ne semble parvenir à prouver une influence des ondes sur les humains ou les insectes. Si cela évolue, je consacrerai une page à ce thème)

Le docteur Gilles Grosmond évoque ensuite l’influence du réseau de Hartmann. Selon cette théorie, des murs d’ondes électromagnétiques découpent de manière régulière le globe, Ces murs ont la taille de 20 cm de large, s’étendent tous les 2,5 mètres d’est en ouest, et tous les 2m du nord au sud. (Théorie dont l’existence scientifique reste à prouver à ce jour. Si certains phénomènes isolés semblent valider l’existence de réseaux électro magnétiques de ce type, il est très prématuré de parier sur leur existence. Voir l’article Wikipédia) Selon Gilles Gramond, il aurait constaté en déplaçant une ruche une baise de son agressivité, et cela donnerait une meilleur récolte. (Bien qu’il ait l’air très convaincu par cette théorie, il admet n’avoir pas le recul scientifique nécessaire pour certifier l’influence du réseau de Hartmann sur les colonies)

Défense immunitaires

La flore intestinale de l’abeille est très fragile. C’est un équilibre très précaire entre des bactéries et des levures. Les pesticides sont par exemple un facteur oxydant qui dérègle considérablement le processus, ce qui créé des nosémoses chez les abeilles. Le pollen, élément très important dans l’alimentation de l’abeille, contient des oligo-éléments, des protéines, et des éléments indigestes qui servent de support au développement pour la flore intestinale.

Les oligo éléments ont une importance capitale, et sont souvent absents des apports que l’homme donne aux colonie, ou pas assez diversifiés dans la nature modifiée par l’activité humaine (manque de biodiversité). Les besoins de l’abeille sont les suivants :

  • Des protéines en quantité régulière et varié
  • Des sucres assimilables
  • Une eau de qualité
  • Des oligo éléments

Les soucis relevés avec nos apports de subtitution sont les suivants :

  • Sucres : Saccharose sans fructose, pose des problèmes de digestion. Une possibilité est d’ajouter de l’acide (selon les sources, du tartrate acide de potassium, de la Trimoline…)
  • Substitution au pollen : La levure de bière, mais elle manque d’oligo éléments ; des autolysat (transformation des sucres d’une céréale -saaccharification- dans de l’eau chauffée afin d’activer les enzymes), mais qui manquent de protéines.

Les défenses immunitaires de l’abeille (Hémocyte) nécessitent un bon apport d’oligo éléments. La biodiversité manquante est une des raisons de la baisse de l’immunité des abeilles.

Les oligo éléments essentiels

Il faut savoir que l’abeille est en permanence en sur régime, comme dopée. La molécule qui lui permet cette prouesse est l’ATP. Mais la production de cette ATP créé aussi des radicaux libres, nocifs pour l’organisme de l’abeille. Les oligo éléments viennent faire baisser les radicaux libres. Les pesticides et autres colorants viennent les augmenter. L’environnement de l’abeille étant bien fourni en pesticide et de moins en moins en oligo élément, sa vie et sa santé sont en chute permanente.

Chaque espèce végétale  amène une dominante d’oligo élément dans son pollen. La biodiversité est donc une condition nécessaire à la survie de l’abeille. Selon Gilles Grosmond, une abeille devrait vivre 80 jours (contre 40 environ aujourd’hui), et une colonie devrait se composer de 100 000 individus (contre 20 à 60 000 aujourd’hui)

L’eau

Un autre élément est fondamental : l’eau.

Souvent prise sur une feuille, cette eau dite de guttation est essentielle à la bonne vie de la colonie. Les pesticides sont un problème majeur, puisque pulvérisés, et donc présents par périodes dans cette eau. Mais plus inquiétant encore, les semences enrobées, qui produisent des plantes qui sont en permanence productrices de pesticides. Dans l’eau de ces plantes, on nous dit souvent que les quantités sont infimes. A échelle humaine, sans doute, mais 1 mg de cette eau contient déjà 1000 fois la dose qui peut être fatale à une abeille. Les eaux de surface et la rosée étant souvent elles aussi chargées en pesticides d’origine agricole ou domestique, peu d’options restent.

Il est possible de disposer des abreuvoirs. Encore faut il que les abeilles s’y rendent, un eau claire et non chargée étant souvent laissée de côté par les abeilles, préférant une eau chargée d’argile (boue), d’oligo éléments, d’urée ou de germes. Pour les attirer, mettre une poignée d’ortie dans l’eau peut être une bonne solution, créant du purin d’ortie en se décomposant, ce que les abeilles apprécient beaucoup.

Les abreuvoirs donnent aussi la possibilité de fournir la colonie avec des tisanes, du kéfir, de l’homéopathie…etc… (Ceci est valable à mon sens seulement pour les amateurs. Il parait difficile à un professionnel de fournir la totalité de ses ruchers régulièrement avec ces produits divers… Le temps viendrait à manquer très vite…)

Le Varroa

Le Varroa est un problème important pour les apiculteurs. Cet acarien se développe dans le couvain et peu détruire une colonie si il devient trop présent. Il prélève dans le couvain de l’hémolymphe pour se reproduire, et empêche donc un développement normal des larves. Il blesse aussi les abeilles.

Les traitements connus, pour être efficaces à 90% (ce qui est le minimum requis pour un résultat intéressant) doivent êtres appliqués au moins 10 semaines. Compte tenu de la violence des traitements, et de la proximité biologique du Varroa et de l’abeille, une telle exposition pourrait détruire une colonie. Le problème du développement de la résistance du Varroa se pose également avec des expositions si longues.

Une observation du comportement du Varroa permet l’hypothèse d’une autre solution. Lorsque le couvain donne l’information olfactive demandant l’operculation de sa cellule, le Varroa va percevoir ce signal et s’insérer avec la larve pour se reproduire. En libérant de fortes odeurs, on peut tenter de « perdre » le Varroa. Il n’a plus accès à l’information, et ne peut plus se reproduire.

Cette méthode à été testée sur un certain nombre de ruche par Gilles Grosmond. Ses conclusions sont les suivantes. Sur un traitement de 60 jours, l’efficacité est 30% supérieure à une ruche non traitée, ce qui est assez négligeable. En revanche, sur le long terme, en laissant la produit se diffuser de l’automne au printemps, on retrouve de 1 à 5 varroa par ruche au printemps, ce qui est proche de 100% de réussite. L’application du traitement se fait sur une plaquette de diffusion (morceau de cagette, de bois, éponge, etc…) à raison de 200 mg/jour d’huiles essentielles. Un autre aspect intéressant est la limitation du phénomène de résistance. En effet, si les acides et autres produits utilisés traditionnellement sont composés d’une seule molécule, les préparations aux Huiles Essentielles contiennent 400 molécules différentes. (Une fois encore, je n’ai pas testé cette méthode, je me fie au témoignage de Gilles Grosmond. Les produits dont il parle sont disponibles à l’entreprise Le comptoir des plantes médicinales, pour qui il a travaillé sur ces problématiques)

Stratégies d’élevage

Les virus

Les virus sont multiples. L’abeille est toujours porteuse, il est illusoire de voiloir éliminer le problème. Lorsqu’on importe une espèce résistante de pays lointains, on ramène par la même occasion de nouveaux virus, et on s’aperçoit bien vite que d’autres soucis se présentent. La seule solution est tout simplement de jouer sur la santé de la colonie par une multitude de facteurs (dont ceux cités dans cette page) et particulièrement de favoriser la rusticité des espèces. Autrement dit, se fournir chez des apiculteurs locaux dans cette démarche, et de favoriser l’élevage d’abeilles noires sur notre territoire.

La génétique

La génétique chez l’abeille est une affaire très complexe, mais il est possible de sélectionner les meilleurs souches au fil des années.

Il faut savoir que c’est un travail sur le long terme. Les gènes intéressants chez l’abeille sont récessifs, ce qui ne facilite pas la tâche. Gilles Grosmond estime à 30 ans le travail de sélection avant d’obtenir un résultat probant.

C’est malgré tout un travail nécessaire, qui servira aux générations futures si toutefois il ne nous est pas utile à court terme.

Le nourrissement de renfort

On peut travailler sur un nourrissement automnal pour renforcer nos colonies. Dés l’automne, distribuer un sirop « amélioré » à raison d’un litre tous les trois jours, cinq fois consécutives. Ce sirop est composé de sucre, mais aussi d’oligo éléments et d’huiles essentielles censées favoriser la résistance au varroa. Ce ne sont pas les réserves d’hiver, mais bel et bien un apport de stimulation qui intervient avant le stock hivernal.

Il est possible d’opérer de la même manière au printemps. Le sirop est alors « amélioré » avec des protéines et des oligo éléments.